André Breton la dit « mythologique jusqu’au bout des ongles »1. Claude Chabrol fait de son histoire un film2. Enfin, la presse la place au rang de « jeune monstre »3 la peignant tantôt comme « une fille perdue par la débauche sordide et les plaisirs honteux » tantôt comme « l’empoisonneuse »4.

Mais qui est donc cette jeune femme qui secoue la France de 1933 ? C’est Violette Nozière, jeune fille de dix-huit ans, étudiante absentéiste, prostituée à l’occasion et parricide.


La nuit du vingt-trois août, la police découvre le cadavre de son père, Monsieur Baptiste Nozière, tandis que la mère, Germaine Nozière, est retrouvée dans le lit conjugal, inanimée et nue, la chemise de nuit retroussée sur le visage.

On croit d’abord au suicide du couple. Mais, quelques jours après les faits, la mère sort du coma et dénonce sa fille : cette dernière leur a donné du poison en leur indiquant qu’il s’agissait d’un médicament prescrit par le médecin de famille.

Ce n’est pas la première fois que Violette tente d’empoisonner ses parents. Elle était déjà passée à l’acte quelques mois plus tôt. Mais, compte tenu des doses de somnifères peu élevées, les parents ne s’étaient aperçus de rien. Cette fois-ci, la mère n’a bu que la moitié du poison mortel, trouvant « le médicament trop mauvais ». C’est ainsi qu’elle survit alors que son mari décède rapidement.


Dès les premiers interrogatoires, Violette avoue tout de suite avoir tenté d’empoisonner son père. Il abusait d’elle depuis ses douze ans et elle « ne voyait pas d’autres solutions »5.

Or, lorsqu’il s’agit d’évoquer les tentatives d’empoisonnement sur la mère, Violette lâche le masque impassible de la certitude et laisse dévoiler un réel sans nom : elle ne sait pas, ne se souvient plus. Oui, elle a donné du somnifère par deux fois à sa mère. Mais elle ne se souvient ni des doses, ni d’avoir déplacé et déshabillé sa mère. Elle n’avait « aucun reproche » pour sa mère, cette dernière l’ayant « choyée, adorée et gâtée » durant son enfance.


Ainsi, l’énigme de cette relation mère-fille apparaît avec la seule question que Violette pose dans le contexte de l’instruction : « pourquoi aurais-je voulu tuer ma mère ? »6

Après sa condamnation, Violette prend le nom de jeune fille de sa mère « Hézard ». Devenue pieuse, elle écrit à celle-ci : « ma chère petite maman, je travaille toujours bien et suis toujours bien sage […] ton enfant qui t’aime »7. Après une libération prématurée, Violette fonde une famille. Le mari décédant rapidement des suites d’un accident de voiture, elle, sa mère et les cinq enfants habiteront sous le même toit jusqu’au moment où, atteinte d’un cancer du sein, Violette Nozière décédera dans les bras de sa mère.


1 André Breton, in Violette Nozière, Bruxelles, Nicolas Flamel, 1933.


2 Violette Nozière, film réalisé par Claude Chabrol en 1977 avec Isabelle Huppert.


3 Quotidien Le matin daté du 29 août 1933.


4Ibid.


5Ibid.


6 Citation de Violette Nozière extraite du dossier d’instruction du tribunal de première instance du département de la Seine, archives de Paris.


7 Extrait de la lettre écrite par Violette Nozière à sa mère le 27 octobre 1935 (www.collection-privee.org/public/galerie-photos-nozière).