Babyboom est une émission proposée par plusieurs chaînes de télévision, à mi‐chemin entre la télé-réalité et le documentaire. Une équipe de tournage s’installe pendant plusieurs semaines dans une maternité de la région parisienne, et filme ce qui s’y passe. Chaque épisode s’articule autour du moment de l’accouchement, et oriente son scénario en fonction d’une question : la place des pères, les accouchements prématurés, etc.

Angélique Sansonnetti, directrice artistique de Babyboom, note que si chaque histoire est particulière, la réalisation de l’émission tient néanmoins à un fil rouge : montrer comment les parents réussissent à surmonter victorieusement leurs difficultés i. Exit le ratage ? La naissance doit être un heureux événement, comme en témoigne le titre de l’épisode visible en replay sur le net : « Et ils vécurent heureux »ii… Présupposé qui n’empêche pas parfois l’approche de situations complexes. Ainsi, à la question « Vous sentez‐vous mère ? », l’une répond que lorsque son enfant prématuré est né, il était trop tôt pour elle, et qu’elle ne s’est sentie mère qu’à partir du moment où son bébé a quitté l’hôpital, soit un mois après, jour qu’elle nomme comme celui de sa véritable naissance. Être mère, c’est donc aussi se débrouiller avec le réel, inattendu et douloureux, et investir un enfant dans le champ symbolique. Cependant, l’émission se présente comme une série. On voit donc apparaître à la chaîne des mères qui accouchent et des pères qui pleurent. « Séquences émotion » articulées autour d’une trame : les mères vont‐elles réussir à mettre un enfant au monde ? Chaque épisode est construit selon une progression dramatique qui vise l’apogée de l’accouchement. L’affect recouvre alors les personnages, uniformisant leurs singularités. Le téléspectateur est touché par une sorte d’hyperesthésie qui le place en suspens. La scénarisation de l’émotion est à l’œuvre, collant le spectateur médusé à l’écran, entre affect et regard.

Babyboom reprend le dispositif de cadrage de la téléréalité : la caméra fixe. Des petits objectifs sont accrochés aux murs, tels des caméras de surveillance. Ils filment simultanément diverses actions, de plusieurs points de vue. La caméra est aussi mise en scène, elle‐même filmée par moments, présentifiant le regard. Elle est là, comme un point de regard dans l’Autre, faisant des parents ses cibles, et faisant de nous, spectateurs, ces mêmes cibles. Dans notre hypermodernité, la télévision a bien saisi la place des objets de la jouissance, et s’en saisit pour nous accrocher.

Cet usage du regard semble nous dire quelque chose de ce que signifie « être mère » au XXIe siècle.

En effet, la téléréalité se joue du syntagme « ça vous regarde », qui cherche à identifier le téléspectateur à ce qui est filmé. Le regard est ainsi le « fascinant » et pas le « fasciné » iii, c’est ce qui fixe le regard au lieu des caméras et de la monstration de la maternité. En outre, pour celle qui n’est pas encore mère, cette fascination s’adjoint ou se superpose aux récits transmis traditionnellement de mère en fille sur ce que signifie « être mère ». Au XXIe siècle, l’objet prend la place du signifiant.

D’autre part, on peut imaginer que la raison qui a poussé ces mères à accepter d’être filmées est directement liée à la présentification du regard dans l’Autre. En acceptant de participer à Babyboom, elles choisissent d’être des mères regardées. Il y a ainsi un glissement qui fait équivaloir, pour ces femmes de la modernité, la maternité et le regard. Dans Babyboom, l’omniprésence des caméras ne laisse pas de place à une maternité qui ex‐sisterait à la jouissance, mais au contraire, fixe le sujet dans une jouissance où « être mère » et pulsion scopique ne font qu’un.

i Angélique Sansonnetti a été interviewée par le site Média un autre regard : à consulter ici

iii Ibid.