Caridad Mercader-M A de Luna-AD-AP

En 1936, pendant la Guerre Civile espagnole, Diego Rivera fit le portrait de Caridad Mercader, une anarchiste catalane d’origine cubaine renommée du PSUC, mais il n’imaginait pas qu’il était en train de peindre la mère de l’assassin de Trotski. Quelques années plus tard, avec le soutien de sa femme Frida Kahlo, Rivera obtenait du gouvernement mexicain l’asile politique pour l’opposant de Staline, et l’accueillait à Coyocan où il fut assassiné. Entre temps, Caridad Mercader était devenue la maîtresse d’un des plus puissants agents soviétiques du KGB de cette époque, Leonid Eigtingon (General Kotov), chargé d’orchestrer le meurtre de Trotski à Mexico. Eigtingon demanda à Caridad de sacrifier son fils pour sa patrie, autrement dit de le convaincre de perpétrer ce forfait. Ce qu’elle fit. Ramon Mercader, alias Franck Jacson, ou Jacques Monard, âgé de 27 ans, jeune communiste également très actif, se rendit coupable de cet assassinat le 20 août 1940 sur ordre de sa mère. Les journaux mexicains, lors de son jugement, se firent l’écho des explications avancées par les psychiatres légistes. Celles-ci furent confirmées par le juge Carranca, convaincu par l’efficience des théories freudiennes : « état névrotique provoqué par un complexe d’Œdipe très actif » i.

Mariée à un espagnol bourgeois en 1911, Caridad Mercader devint très rapidement une militante activiste pour s’opposer à un milieu qu’elle récusait et à un mari qui l’humiliait. Cela lui vaudra d’être internée de force dans un hospice psychiatrique par ses frères pendant trois mois. Ils préféraient en effet la faire passer pour folle plutôt que de la reconnaître activiste politique. En 1924, elle s’enfuit en France avec son amant l’aviateur Louis Delrieu, lui aussi militant communiste. Il la quitta par la suite et elle fit plusieurs tentatives de suicide. Le gouvernement français l’expulsa en 1935 en raison de ses actions au sein du PCF à Toulouse.

Les cinq enfants qu’elle eus avec son mari connurent des destins tristement héroïques : Jorge, l’aîné, fut prisonnier quatre ans dans un camp de concentration allemand ; Ramon, assassin ; Montserrat, activiste dans les Brigades Internationales, décéda des suites d’une maladie grave ; Pablo mourut dans la bataille du Front de Madrid, et Luis devint agent secret, avant d’être abandonné en Russie par sa mère. Elle lui aurait confié : « Je sers seulement pour détruire le capitalisme, mais je ne sers pas pour construire le communisme. » Pour le sacrifice de son fils préféré, Ramon, Caridad Mercader obtiendra l’ordre de Lénine et, pour lui, enfin un nom : Ramon Ivánovich Lopez (Рамон Иванович Лопес), héros de l’Union soviétique.

À la fin de ses jours, Caridad Mercader déçue de sa longue vie utopique, dira : « J’ai fait de Ramon un assassin […] de mon pauvre Luis, un otage, et de mes autres enfants, que de ruines. » ii

i Gallo R., Freud au Mexique, Paris, PUF, p. 84.

ii Gorkin J., Los asesinos de Trotsky, Contra el estalinismo, Laertes. En 1945, elle obtient son retour à Paris où elle mourut en 1975 et fut enterrée à Pantin. Photo avec ses fils Ramon et Luis.