Entretien avec Isabelle Galland

Parlez-nous de votre pratique en Centre d’AMP…

Dans l’AMP i, les couples confrontés à une infertilité féminine peuvent faire une demande de don d’ovocyte au CECOS (Centre de Conservation des Œufs et du Sperme). Ils ont un entretien obligatoire avec un psychologue.

J’ai choisi de faire de cet entretien un moment de parole. Je précise aux couples que je ne donne pas d’agrément, mais je leur propose de parler de cette clinique particulière du don d’ovocyte parce que ce qui leur arrive n’est pas anodin.

Certains vont rester lisses. Il s’agit de montrer que l’on sera de bons parents. Je les sens à l’affût d’une reconnaissance dont ils ne peuvent rien dire. Je leur signifie que je ne peux pas savoir s’ils seront de bons parents. Parfois cela permet l’ouverture d’un dialogue.

D’autres se saisissent d’emblée de cette opportunité. Ils ont l’impression de s’acharner. S’ils sont infertiles, c’est qu’il y a sans doute une raison ; la nature (ou Dieu) ne veut pas qu’ils soient parents. Le don d’ovocyte est vécu comme une transgression à un ordre naturel. Ils sont contents de pouvoir déplier leurs questions et leurs doutes : est-ce qu’ils vont arriver à aimer cet enfant comme le leur ? Est-ce que les grands-parents vont les aimer comme leurs autres petits-enfants ? Faut-il le dire à la famille ? Faut-il le dire à l’enfant plus tard ? Etc.

Comment se pose la question du secret ?

La plupart des couples pensent qu’il faut le dire à l’enfant, qu’il a le droit de connaître ses origines et qu’il n’est pas question de créer un secret de famille qui pourrait peser sur son destin, plus tard. Ils ne savent pas comment – ni quand – ils le diront mais ils pensent répondre aux questions qu’il posera. Des femmes expriment, néanmoins, leur crainte que l’enfant à l’adolescence ne leur dise « tu n’es pas ma mère ! ». L’entretien est alors essentiel pour démêler les représentations imaginaires autour de la « vraie mère » ou de la « mère biologique ». Une donneuse n’est pas une mère ! De pouvoir aborder cet aspect aide la femme à prendre conscience qu’elle sera la seule mère pour l’enfant, allant jusqu’à lui donner l’autorisation d’être la mère.

D’autres ne peuvent envisager de le dire à l’enfant. L’infertilité est vécue comme quelque chose de honteux et le don d’ovocyte est surinvesti comme manière de réparer cette infertilité et de faire « comme si » face à la famille et à l’entourage. Il y a une idéalisation excessive où le risque d’échec est nié. Il faut réaliser ce don d’ovocyte à tout prix et le plus vite possible et les couples supportent très mal qu’on puisse les solliciter pour une quelconque réflexion. J’accueille ces couples en respectant leurs mécanismes de défense.

Aux couples qui me demandent s’ils doivent le dire, je ne réponds pas. Je ne sais pas s’il faut le dire ou pas et c’est avec une surprise renouvelée que je découvre les inventions que chacun trouve pour répondre à ces questions impossibles.

Chaque couple, chaque futur parent a son histoire particulière qui vient interagir avec l’irruption de l’infertilité. Ces entretiens obligatoires peuvent déboucher sur un suivi psychothérapeutique comme rester un entretien unique. D’être orientée par la psychanalyse lacanienne met le savoir du côté du patient et lui permet de nommer, parfois, cet impossible à dire qui concerne la clinique de l’origine.

i Isabelle Galland est psychanalyste, et psychologue dans un Centre d’AMP (Aide médicale à la Procréation).