Le corps qui fait signe

Nous trouvons plusieurs signes par lesquelz nous congnoissons quant la femme a conceu enfant. Le premier signe est que quant une femme a eu compaignie d’homme, si tout incontinent elle a froit et douleurs de reins, alors elle a conceu. Le deuxième signe est si le visaige de la femme change de couleur non acoustumee. Le troisième signe est si la femme appete a manger aulcunes viandes non acoustumees comme charbon, vieulx souliers, terre ou aultres semblables.

« Plusieurs remedes contre douleurs de femme »

Grant Kalendrier  Compost des Bergiers, 1480, éd. GLM

La lettre à la mère

Melitta : Est-ce que tu avais pris avec toi ma ?…

Mme Klein : Fais des gosses.

Melitta : Maman

Mme Klein : J’ai envie de couver. Je veux être une bonne mémé gâteau. Je veux sentir la cuisine à l’huile et la poudre de riz. Je veux de grosses hanches corsetées pour que les petits garçons puissent mettre leurs bras autour.

Melitta : Tu as lu ma lettre ?

Mme Klein : Non

Melitta : J’ai deviné que tu ne l’avais pas lue. Excuse moi. Si tu me la rends, je vais en écrire une autre plus à jour.

Mme Klein donne les clefs à Melitta et désigne le classeur.

Mme Klein : Le tiroir du bas.

Nicholas Wright, Madame Klein, Paris, Seuil, 1991, p. 56.

Traduction et préface de François Regnault. Postfaces de Serge Cottet et Eric Laurent.

Fais quoi fais quoi ?

« Elle se tourna vers les grands arbres et lui dit qu’elle avait un fils. Qui avait choisi de vivre avec son père avec qui il s’entendait bien, mieux qu’avec sa mère, à qui elle l’avait confié il y a de ça, disons peu après sa naissance, son père à elle s’entend, vu que le père présumé avait disparu, avait déménagé quand son ventre s’était fait trop voyant, elle l’avait eu très jeune, trop tard pour avorter, fais quoi fais quoi (elle aimait l’expression), voilà. »

Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes

Vraie mère

Le temps d’une terrible seconde, Holly fut certaine que Tatiana allait prononcer les paroles qu’elle redoutait et avait attendues toutes ces années.

Tu n’es pas ma mère

Mais elle ne le dit pas. Pas ce jour là. Jamais.

Laura Kasischke, Esprit d’hiver

Intrusion

Je vis, à trente-sept ans, entourée d’une peuplade. Ils sont peut-être invisibles mais ils me parlent tout le temps. Depuis que je suis enceinte, ils me bavardent sans cesse. Viens, viens, viens ! Non. Non. Non.

Je me replie dans mes quant-à-moi quand les héréditaires viennent me trouer le bal.

Claire Castillon, Eux