couvade

Le partenaire (homo ou hétérosexuel) de la femme enceinte ne serait pas toujours exempté des symptômes physiques évoquant l’état de grossesse : c’est le syndrome de la couvade i. Une recherche sur différents sites internet évoquant la couvade nous apprend que ce phénomène peut toucher « un futur papa sur cinq » ii dans nos sociétés occidentales.

Dans la première partie de son ouvrage La couvade, le premier rite, le dernier tabou, le grand malentendu, Roberte Laporal donne un aperçu tout à fait exhaustif de ce phénomène très ancien sur les plans anthropologiques, ethnologiques et psychologiques iii.

Estimant à juste titre que la couvade ne doit pas s’entendre comme une maladie (et donc un syndrome), elle nous en rappelle les principales manifestations symptomatiques : « la prise de poids, le mal de dent, les brûlures d’estomac, […] des douleurs lombaires, des nausées, des maux de tête » iv. Si la couvade touche principalement les futurs pères, on apprend que des femmes en couple lesbien ont présenté des symptômes identiques, de même qu’une femme dont la sœur jumelle était enceinte v.

L’auteure fait par ailleurs un rappel des nombreuses études épidémiologiques menées par des psychiatres, des obstétriciens, un ophtalmologue, majoritairement anglo-saxons, pour aboutir à la synthèse suivante : « Il en résulte que les pères présentant les chiffres les plus élevés de symptômes de la couvade sont des pères cumulant “qualitativement” le plus grand nombres de difficultés (problèmes d’identification, problèmes économiques, problèmes religieux) » vi.

La partie recherche historique de l’ouvrage met l’accent sur un rituel de la couvade mis en évidence « dans au moins 74 sociétés contemporaines » dans toutes les parties du monde (y compris en France), selon les études menées par les anthropologues. Schématiquement, dans ce rituel, le futur père mime l’accouchement, ou bien garde le lit quelques jours après la naissance de son enfant. Il est donc considéré comme un « rituel de naissance, un rite de passage vers une parentalité nouvelle » vii.

Les explications psychodynamiques de ce rituel ont intéressé de nombreux psychanalystes, dont Théodore Reik et Georges Devereux. Difficile de synthétiser toutes les tentatives de théorisation dépliées dans cet ouvrage, sinon que ce rituel aurait deux visées : préparer le père à sa paternité (rite de passage) et protéger la mère et / ou l’enfant (des démons, de la jalousie… selon les ethnies et leurs croyance).

Dans le monde actuel, ce rituel de la couvade a laissé la place au syndrome de la couvade, considéré comme une manifestation psychosomatique chez le futur père en réaction à l’état de grossesse de sa partenaire.

Notre orientation lacanienne nous pousse à donner à la couvade le statut d’énigme du corps parlant, du parlêtre (au même titre que la stérilité dite fonctionnelle) et dont la causalité psychique ne peut se mesurer qu’au cas par cas de ces « parturients » pas ordinaires.

i Terme issu du verbe couver et introduit en 1965 par deux psychiatres anglais.

ii babycenter.com

iii Laporal R., La couvade, le premier rite, le dernier tabou, le grand malentendu, Paris, éditions les Voix d’Ella, 2011.

iv Ibid., p. 45.

v Ibid., p. 52.

vi Ibid., p. 49.

vii Ibid., p. 111.