En Chine, du fait de la politique de l’enfant unique, les questions du désir d’enfant et de ce qu’on pourrait appeler la « demande de garçon » sont particulièrement problématiques. Est-ce la politique de l’enfant unique qui induit la préférence pour un descendant mâle ? Notons qu’une étude américaine avait indiqué il y a quelques années que les Américains de sexe masculin étaient 40 % à préférer avoir un garçon – contre 28 % à préférer une fille –, dans le cas où ils ne pouvaient avoir qu’un enfant[1].

On peut sans doute trouver de multiples raisons anthropologiques, sociales ou personnelles à cette préférence. Ainsi en Chine, le discours du maître fait perdurer pour les femmes l’obligation de transmettre le nom du mari pour assurer leur propre statut dans la famille. Dans la clinique, on rencontre des femmes chinoises venues de familles nombreuses qui, soit s’épuisent toute leur vie dans la compétition avec le frère préféré par les parents, soit se sacrifient pour leur frère en s’identifiant complètement à leur mère.

L’on sait que Freud a pu dire que le désir d’enfant pouvait survenir, chez les femmes, à la place occupée par le penisneid[2] : « Chez d’autres femmes rien ne laisse indiquer ce désir du pénis ; sa place est prise par le désir d’avoir un enfant […] C’est comme si ces femmes avaient saisi – ce qui peut pourtant avoir été impossible comme motif – que la nature a donné à la femme un enfant comme substitut de l’autre chose, dont elle a dû la frustrer. » Il ajoute que l’enfant le plus à même de représenter imaginairement ce pénis imaginaire est le garçon : « Le fait que le facteur ancien du manque de pénis n’a toujours pas perdu sa vigueur se révèle dans la réaction différente de la femme à la naissance d’un fils ou d’une fille. Seul le rapport au fils apporte à la mère une satisfaction illimitée »[3].

Pourrait-on dire que la femme qui manifeste une « demande de garçon » reste dans le registre de l’envie du pénis, fixée à l’objet imaginaire qui comblerait son manque féminin et la ferait toute-mère ? Cet enfant mâle est aussi celui que l’Autre social lui demande…

Quoi qu’il en soit, l’enfant imaginaire idéal est bien vite entamé par l’arrivée de l’enfant réel, que celui-ci soit fille ou garçon.

[1]The Gallup Organization, 23 juin 2011.

[2]Freud S., « Sur les transpositions des pulsions plus particulièrement dans l’érotisme anal », La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p. 108.

[3] Freud S., « La féminité », Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1994, p. 178-179.