Propos recueillis par Véronique Juhel

Comment en êtes-vous venue à devenir conseillère conjugale et familiale au CPEF ?

La conseillère conjugale et familiale du centre partait, il n’y avait personne pour la remplacer, elle m’a invitée à venir découvrir le CPEFi. Je savais qu’on y pratiquait des IVG, et j’avais déjà pensé que si je m’étais trouvé face à cette question j’aurai aimé être écoutée. J’étais aide-soignante à l’époque, un peu par hasard car j’aurais plutôt voulu travailler dans le handicap.

Je me souviens d’une femme qui était arrivée aux urgences. C’était il y a longtemps, elle avait 35 ans et déjà trois enfants. Personne ne s’était rendu compte qu’elle était enceinte, elle non plus. Elle a accouché en arrivant à l’hôpital. C’était difficile pour l’équipe, ce n’était pas possible de penser qu’elle ne s’était rendue compte de rien. J’essayais de comprendre, je crois que déjà, je savais que l’inconscient existe, et qu’on ne contrôle pas tout.

Et puis on a vu arriver des couples d’adultes handicapés avec un désir d’enfant, cela soulevait des questions sur leurs compétences parentales. Allaient-ils pouvoir s’occuper d’un enfant ? Ces questions me passionnaient, je cherchais surtout comment les accompagner dans leur projet.

C’est lié à mon histoire, j’ai eu un premier enfant mais quand mon mari et moi avons souhaité en avoir un second ça n’a pas été possible. Il a fallu faire le deuil d’un nouvel enfant. Ensuite nous nous sommes tournés vers l’adoption. On nous a dit que l’on aurait pas de bébé, alors après le deuil de porter son enfant, il a aussi fallu faire le deuil d’un nourrisson.

Je pense que si je fais ce métier, c’est parce que j’aurai aimé être entendue face aux problèmes que j’ai rencontrés, de stérilité, du deuil d’avoir un enfant, puis lors de l’adoption – nous avons en effet eu la surprise d’accueillir un nourrisson. Je n’ai jamais pu dire ce que je ressentais. Je n’avais pas envie à l’époque de faire une analyse, mais simplement qu’on m’entende sans me juger. C’est ce que je m’efforce de faire aujourd’hui dans mon travail.

J’essaye de rester à l’écoute et de rester humble face aux femmes que je reçois.

Quand je suis sortie de ma formation de conseillère conjugale et familiale je pensais que je détenais le savoir, je me suis rendue compte que non, que c’était l’expérience, l’écoute qui m’apprendrait. J’ai aussi compris qu’il y avait des choses que je ne maîtrisais pas et j’ai commencé une analyse.

Vous rencontrez toutes les femmes qui demandent une IVG ?

Les entretiens pré et post IVG ne sont pas obligatoires sauf pour les mineures, mais ici ils sont proposés à toutes les femmes. Je les rencontre pour remplir le dossier et je leur propose de dire ce qui leur arrive, si elles ne le souhaitent pas on peut simplement remplir le dossier et je leur explique comment ça va se passer. L’entretien post IVG a lieu deux semaines après, juste avant de voir le médecin. Parfois elles se livrent davantage à ce moment-là – quand elles se sont senties en confiance, accompagnées pendant ce moment si particulier. Dans un parcours de femme, on évolue dans ce qu’on pense. J’entends souvent dire « l’avortement j’étais plutôt contre, je n’aurais jamais voulu vivre ça, mais je ne peux pas faire autrement ».

Il arrive parfois que les choses ne se passent pas comme on l’avait prévu, c’est ce qu’elles viennent dire.

Et quand les femmes ne savent pas quoi faire, quand elles sont indécises ?

Quand elles n’arrivent pas à prendre une décision j’écoute, j’essaye de voir avec elles, le pour, le contre, j’essaye de leur permettre d’élaborer la solution qui est la leur. C’est souvent très délicat.

Parfois, quand je les reçois après l’IVG, elles viennent me dire qu’elles regrettent ce qu’elles ont fait. D’autres fois, elles me disent : « il faut qu’il ait un père », et le conjoint n’en veut pas. Alors elles doivent choisir entre leur relation de couple et l’enfant. Elles le disent parfois : « Je l’ai fait pour mon conjoint. »

Je ne vais pas au-delà de ce qu’elles ressentent à ce moment-là, je les oriente si elles souhaitent rencontrer la psychologue.

Il y a aussi de toutes jeunes filles, on sent que la mère est encore très présente. Ce moment peut être un moment pour se séparer, devenir adulte. Je pense à une jeune fille, elle ne voulait pas que ce soit pris sur la carte vitale de sa mère, ni que son ami règle la facture de l’IVG, on l’a accompagnée pour trouver une solution. C’était important pour elle de savoir qui paye. Il fallait que ce soit son histoire.

J’essaye d’entendre les femmes, de leur permettre de dire leur douleur qu’elle soit physique ou morale.

i A.-Y. Pouillard est conseillère conjugale et familiale au Centre de Planification et d’Éducation Familiale du centre hospitalier de Châteaubriant.