Ferenczi fut certainement le plus créatif des élèves de Freud.

Très inventif dans sa technique, il promut une analyse « active » qui procédait par « une intense empathie » et « une tendre bienveillance » envers ses patients, assumant toutes les complications et mésaventures qu’engendraient une telle position. Freud, inquiet de la tournure que prenait les innovations psychanalytiques de Ferenczi, fut amené à critiquer sa méthode sans ménagements.

« Quel tourment que Ferenczi ! » s’exclamait Freud dans une lettre à Eitingon d’avril 1932. « Voilà que de nouveau je suis sans nouvelles de lui depuis des mois. Il est vexé parce qu’on n’est pas ravi d’apprendre qu’il joue à la maman avec ses patients. »

Malgré les efforts de Ferenczi pour tempérer ses différends avec lui et tous les efforts de Freud pour maintenir la controverse sur un plan théorique et technique, ce dernier n’était pas sans savoir que les « innovations inspirées » de son élève étaient en rapport avec ses sentiments à son égard et étaient prises, par conséquent, dans son transfert à lui.

Fin mai 1933, Freud écrivait à Jones : « Au cœur de tout cela, se trouvait la conviction que je ne l’aimais pas suffisamment, que je n’appréciais pas ses travaux, et que j’avais bâclé son analyse ». Avec ses expériences cliniques « il voulait me montrer avec quelle tendresse on doit traiter ses malades si on veut les aider (…) Souffrant de n’avoir pas connu l’amour exclusif de sa mère, lui qui était un enfant du milieu, au sein d’une large fratrie ; un manque d’amour qui lui avait infligé une blessure inguérissable. De sorte qu’il devint une meilleure mère lui-même, et trouva également les enfants dont il avait besoin. »

Le 4 août 1932, dans son journal clinique, Ferenczi notait à propos de Freud que celui-ci « ne veut rien savoir du moment traumatique de sa propre castration dans l’enfance. »

En tout état de cause, Ferenczi n’était pas sans ignorer la part du féminin en lui.