L’artiste Ian Padgham, ayant photographié sa femme enceinte (cette dernière posant chaque jour au même endroit, avec les mêmes vêtements), a réalisé, grâce à la technique de la prise de vue « time-lapse » (accélérée), un très court film[i] réduisant ces 9 mois en 6 secondes.

De quoi ce petit film est-il le nom ? Disons tout de go du rapport que notre hypermodernité entretient avec le temps. Tout doit aller vite ; tout s’accélère ! L’attente – n’en déplaise à l’obsessionnel – devient insupportable. L’homo consumens, l’homo communicans, autrement dit l’homme hypermoderne est, comme le chantait Noir Désir, un Homme pressé. À ce nouveau rapport au temps imposé par la science, nul ne peut échapper, sinon à être hors-jeu, sur la touche. Et la médecine ne saurait demeurer en reste.

Si la conception de l’enfant, à son stade initial, peut se faire très rapidement, il n’en est rien de son développement intra-utérin. Un délai, sensiblement commun à toutes les femmes, est nécessaire, obligatoire. Certes la médecine est en mesure d’interrompre une grossesse, comme de la déclencher avant terme lorsque des raisons médicales rendent l’acte nécessaire. Seulement elle n’est pas encore à même d’accélérer la grossesse. Quelque chose résiste encore. Reste alors à le fantasmer…

Ainsi, si la science intervient sur le réel du vivant – la PMA en est une belle illustration – elle ne saurait intervenir sur cet autre réel, le temps, du moins lorsque celui-ci concerne une grossesse. Et nous savons combien ce délai est aussi nécessaire sur le plan psychique pour nombre de femmes, mais aussi de futurs pères…

Osons dès lors conclure par un éloge de la lenteur, comme le fait Léonard Cohen au crépuscule de sa vie, non sans rendre un dernier et vibrant hommage à celle dont les paroles ont toujours pour lui valeur de vérité :

« It’s not because I’m old

It’s not the life I led

I always liked it slow

That’s what my momma said »

[i] https://vine.co/v/ML6rrdqOb2q