Les biotechnologies peuvent aujourd’hui forcer la nature, faisant déboucher sur un monde nouveau, inventé, inédit, dont on ne sait pas encore ce qu’il est. Même si parfois on le sait trop bien : comme tout récemment avec l’introduction de la conservation ovocytaire financée par des entreprises pour protéger les femmes, dit-on, du poids des grossesses et permettre aux femme d’accéder au même statut que les hommes.

D’où des disjonctions en série : entre sexualité et procréation, qui court-circuite le sexe dans la procréation ; entre procréation et gestation, avec la gestation pour autrui ; entre origine et filiation, avec le don de gamètes ou de zygote. Ces disjonctions introduisent à de nouvelles pratiques qui impliquent chacune une crise sociétale.

Et sur le chemin de ces débats à peine esquissés, voilà déjà la pression des entreprises – et pas des moindres puisqu’il s’agit d’Apple et de Facebook – qui proposent aux femmes de conserver leurs ovocytes pour reporter leur grossesse au-delà d’un contrat fixé par rapport aux exigences du travail et de la carrière i. Ces entreprises achètent une absence de grossesse et amènent ces femmes à reporter leurs projets procréatifs vers un âge de plus en plus élevé, même si c’est avec les ovocytes de leur jeunesse. S’agit-il d’une forme nouvelle de projet faustien ? D’un esclavagisme moderne touchant la procréation ?

S’y révèle en tout cas, au cœur du monde capitaliste, le poids du « refus de la féminité »ii pointé par Freud.


ii Sigmund Freud, « L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » (1937), In : Résultats, Idées, Problèmes, II, PUF, Paris, 1985, pp. 231-268.