Y a-t-il une particularité à être mère quand on est lesbienne ? L’intérêt de cet ouvrage1, issu du doctorat de sociologie de l’auteure, est de dresser un panorama général des préjugés à l’endroit de l’homoparentalité dans une société que reste dominée par un point de vue hétérosexiste et hétéronormatif. La question de la maternité se pose dans ce livre sous un angle sociologique, sans interroger la valeur que le fait de vouloir « être mère » peut avoir dans l’économie subjective de chaque sujet pris une par une.


Le livre permet de constater, à partir des entretiens qualitatifs menés au sein de l’Association des parents gays et lesbiennes, ce que le terme de « travail parental » (équivalent français de l’anglais parenting) implique : qu’être parent n’est un donné ni biologique, ni social, mais le fruit d’un processus complexe. Que ce travail mobilise l’ensemble de la structure subjective, nous le savons bien. Mais il est intéressant de lire tous les aspects que la dénaturalisation de la maternité implique, surtout quand elle se pose dans un couple de femmes. Par exemple lorsque certaines enquêtées constatent avec étonnement que le désir d’enfant est chez elles associé à un désir « hétérosexuel » : comme si le « désir d’enfant » pouvait seulement trouver son signifiant dans une relation à « l’hétéros » pour venir donner corps à un désir qui serait autrement inexistant dans une jouissance enveloppée dans sa propre contigüité. De même lorsque l’auteure conclut que la maternité réassocie le sexe des femmes avec le genre qui « doit » lui correspondre socialement. Ce qui introduit des changements dans leur vie : par exemple de renouer avec leurs familles à partir de leur projet de maternité, alors que le lien avait été rompu avec leur coming-out. Et encore, la considération du rôle des « mères non statutaires », les conjointes des mères, dans toute leur variété et complexité dans leur insertion dans le couple familial : ce que les Anglo-Saxons appellent sagement la M’Otherhood (« M’Alternité »).

Les mères lesbiennes interrogent en retour le cadre hétéronormatif qui établit qu’il faut être un homme et une femme pour avoir un enfant. La psychanalyse avec Lacan ne valide non plus aucune norme, car elle affirme ne pas savoir ce que c’est qu’un homme et une femme, et s’il y a une signification à attribuer à ces termes, elle serait plutôt logique, à construire par chaque sujet dans une solution toujours singulière et en aucun cas conforme à ce que les discours biologiques ou discursifs, genrés, véhiculent.


1 Descoutures V., Les mères lesbiennes, Paris, PUF, 2010.