Nombreuses sont les femmes célibataires qui présentent une demande pour obtenir un agrément afin d’adopter.

La rencontre avec le psychologue permet parfois de saisir quelles fictions soutiennent ce projet de maternité. Pour certaines, c’est une recherche de plénitude, grâce à l’enfant qui viendrait combler le manque, pourtant structurel. Pour d’autres, adopter seule permettrait de maintenir éloignée la rencontre sexuelle, ou encore, viendrait recouvrir la question de la féminité. La voie de la maternité adoptive revêt parfois l’allure d’une tentative de tenir la femme à l’écart du réel de la grossesse, mais le réel du corps ne cesse néanmoins de se faire entendre.

Au-delà du vouloir être mère – qui se fait équivaloir parfois à un droit, une revendication, voire un impératif –, il s’agit d’entendre, dans la singularité de chaque rencontre, ce qui cherche à se satisfaire. Lacan nous enseigne que l’on ne désire pas forcément ce que l’on demande. L’absence de maternité peut être le fait d’une position subjective qu’il s’agit de respecter. Martine dit ne pas vouloir d’enfant. Pourtant, après avoir vécu quelques années avec un homme déjà père, elle a pensé qu’elle pourrait, elle aussi, « en avoir ». Sans en informer son nouveau compagnon, elle arrête de prendre sa contraception et guette le signe d’une grossesse, en vain. Le médecin ayant évoqué une ménopause précoce, elle décide de se tourner, seule, vers l’adoption. Aujourd’hui, elle sait qu’elle n’aura jamais d’enfant. Martine, surprise d’entendre l’énonciation sous-tendue par son dire, renonce à son projet, soulagée.

Valérie, au contraire, veut adopter depuis son plus jeune âge. Elle a vécu plusieurs relations amoureuses mais n’a jamais eu le souhait d’avoir des enfants avec ses partenaires. L’adoption se présente comme un idéal : faire de belles choses à partir de difficultés. Elle veut un enfant seule, pour ne pas risquer l’abandon d’un père. Elle envisage ses expériences à travers cette fenêtre et relate avec émotion son passé de bénévole dans un orphelinat du bout du monde. L’enfant abandonnée, c’est elle, qui passât sa vie à chercher un signe d’amour d’un père indifférent.

La rencontre avec chacune de ces femmes a permis de faire résonner la position subjective que recouvrait ce projet de maternité. Pour d’autres, la certitude qu’un enfant manque n’a pu être entamée, tant la revendication du droit à devenir mère par l’adoption était au-devant de la scène. Mais l’obtention d’un agrément ne garantit en rien la manière dont chacune aura à s’arranger avec le réel de la maternité, qui est toujours maternité adoptive. La rencontre avec l’enfant reste un pari, qui revêtira l’allure du bon-heurt, ou celui du mal-heurt.