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« Prenez garde, les archers lacaniens font toujours mouche !

La flèche d’Hélène Bonnaud vise l’intérêt particularisé des soins de la mère dans « Notes du l’enfant » de Lacan, celle d’Hervé Damase pointe le crocodile à l’œuvre dans la logique de la cure du petit Hans selon Lacan tandis que Marie-Josée Raybaud prend pour cible L’Autre femme dans « L’orientation lacanienne. Donc ».


Marie Josée Raybaud sur :


« L’orientation lacanienne. Donc » (1993-1994),

leçon du 6 avril 1994,

cours de Jacques-Alain Miller.


« L’Autre femme, vouloir être l’Autre femme. Voilà une solution qui se propose au désir féminin. Et qu’est-ce qui nous autoriserait à dire que vouloir être l’Autre femme est une solution moins authentique que de vouloir être mère ? »


Pour Freud, l’issue œdipienne pour la petite fille est dans son désir d’obtenir un enfant, d’abord du père, puis de son futur partenaire. Sorte de voie toute tracée par le phallus. La clinique nous enseigne que l’amour pour un enfant semble se présenter comme une réponse là où la castration rend incertaines, voire précaires, les relations amoureuses. Être une mère donne une consistance à un pseudo savoir quand l’être femme crée une béance. Le savoir « faire-mère » peut être une sorte de passe-partout. Faire la mère avec son conjoint notamment – idéal du don d’amour –, laisse cependant sur sa faim le sujet féminin, car rien ne vient répondre à la question de sa place d’objet du désir d’un homme. L’identification à une mère vient voiler la castration et donne un savoir-faire illusoire car il n’y a pas de réponses standards à « qu’est-ce qu’une femme ? » mais diverses voies qu’une analyse peut rendre moins périlleuses.


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Hélène Bonnaud sur :


Autres Écrits, Seuil, avril 2001

« Note sur l’enfant », p. 373

De Jacques Lacan.


« C’est d’après une telle nécessité que se jugent les fonctions de la mère et du père. De la mère : en tant que ses soins portent la marque d’un intérêt particularisé, le fut-il par la voie de ses propres manques »


Lacan nous donne là, bien plus qu’une définition de la fonction maternelle. Les soins maternels, nécessaires aux besoins de l’enfant ne suffisent pas pour sa survie. Ils doivent porter la marque d’un intérêt particularisé, à savoir, celle d’un désir singulier. Qu’une mère soit attentive aux soins qu’elle prodigue ne suffit pas. Ils doivent être pris dans ce que Lacan a théorisé comme le désir de la mère, un désir distingué entre tous pour son enfant. Sans ce désir de la mère, l’enfant n’est pas éveillé à la relation à l’Autre qu’elle incarne. La mère, c’est l’Autre primordial, un Autre absolu pour son petit. Mais cela ne veut pas dire que la mère s’identifie à cet Autre. La toute puissance n’a-t-elle pas plus d’effets d’empêchement et d’inhibition que la position qui fait limite à cette position de mère toute. Les manques de la mère résultent de sa castration. Ils peuvent se présenter sous différentes formes, – par exemple la peur de perdre sa place de femme auprès de l’homme qu’elle aime, souvent évoquée. La mère ne sera pas complétée par l’enfant. Elle sera divisée entre être mère et être femme.


 

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Hervé Damase sur :


« La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan »,

La Cause freudienne, Navarin, n° 69, 2008, p. 102,

de Jacques-Alain Miller.


« La mère lacanienne correspond à la formule quaerens quem devoret, elle cherche quelqu’un à dévorer, et Lacan la présente ensuite comme le crocodile, le sujet à la gueule ouverte. »


Alors que dans le registre animalier, la formule latine renvoie au roi des animaux, le lion, pour le mettre en perspective avec le diable dont il faut sans cesse se méfier, Lacan, lui, privilégie la figure du crocodile. Moins agile sur la terre ferme, ce dernier possède néanmoins quelques supériorités : en milieu aquatique sa capacité de déplacement et sa puissance sont infinies, autant que sa discrétion pour parvenir au seul but qu’il se fixe, capturer sa proie.


La dévoration est ce qui se fait de mieux en matière d’oralité ; la pulsion, ici, atteint son sommet. Autant dire que celui qui en est l’objet n’est pas n’importe qui… Il est l’élu, le seul, l’unique. Mais ce festin fatal, reus’ment !, est sans cesse repoussé. En attendant, pour patienter, il mâche de petites friandises gélifiées, multicolores et translucides, à l’effigie dudit crocodilien…


Derrière la bonne mère, toujours se profile la mère désirante, la mère débordante, la mère dévorante, brûlant de mille feux. C’est cela qui l’anime, ô combien ! 

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