Dans une pouponnière, le signifiant mère prend une valeur singulière. Les enfants qui y vivent ont une mère absente. Une mère en « pointillés » disent les professionnels : elle est là, pas là, réapparaît, disparaît… Les enfants se construisent avec ce à quoi ils ont été confrontés : la folie maternelle, la maltraitance, le rejet, l’abandon…

Dans ce lieu si particulier, on veille à créer un espace de soins et de paroles pour que chaque enfant mette en route quelque chose du côté de la vie.

Ainsi la pouponnière accueille-t-elle des enfants nés sous le secret, leur mère ayant fait part de son refus de les reconnaître et de se reconnaître dans cette maternité. La loi prévoit un délai de trois jours ouvrables pour déclarer la naissance d’un enfant à l’État civil et de plus en plus de femmes, ayant accouché sous le secret, choisissent d’utiliser ce temps pour rester auprès du bébé. Elles peuvent le prénommer, s’en occuper voire même l’allaiter mais elles ne reviennent pas pour autant sur leur décision, ce qui n’est pas sans effets sur les enfants mais aussi sur les professionnels du service de maternité.

Nous ne sommes plus dans la situation traditionnelle de la « mère inconnue », venue accoucher à la sauvette et qui partait précipitamment sans rien vouloir savoir du bébé qu’elle avait mis au monde. Les personnes concernées restent un, deux, voire trois jours jusqu’à l’établissement du procès verbal de remise de l’enfant au service d’Aide Sociale à l’Enfance. Parallèlement, l’enfant est déclaré « né de mère inconnue » et sera accompagné à la pouponnière et présenté par l’assistante du service social.

Quel trajet est parcouru par ces personnes, mais aussi par les professionnels qui peuvent parfois encourager des temps d’échange entre la femme et l’enfant ? Croient-ils en l’instinct maternel ? La psychanalyse et l’expérience clinique nous enseignent que pour devenir mère, il ne suffit pas d’avoir son enfant dans les bras, ni de le nourrir… Le maternage ne fait pas la mère.