Propos recueillis par Solenne Albert


Vous arrive-t-il de rencontrer les mères des enfants que vous accueillezi et, si oui, qu’est-ce qui vous frappe lors des premiers entretiens ?


Oui, je suis amenée à rencontrer les mères des enfants notamment lors d’entretiens d’accueil et ce qui me frappe c’est que les enfants sont souvent parlés plutôt qu’ils ne parlent. Les mères sont surprises que l’on donne la parole à leur enfant, qu’ils puissent dire, parler sans elles. Elles sont étonnées des modifications que cela produit et parfois rapidement, par exemple sur les apprentissages scolaires qui sont souvent à l’origine des demandes de consultation.

Parfois j’ai aussi le sentiment que les enfants nous amènent leur mère. Lorsqu’ils refusent d’être reçus seuls, c’est une façon de faire apparaître que leur symptôme est une réponse à ce qu’il y a de symptomatique dans la structure familiale. Par exemple une jeune fille de 14 ans répond à la proposition d’être reçue un moment sans sa mère par un refus. Elle ne voit pas l’intérêt de parler seule car elle pense que sa mère sait tout, qu’elle peut tout entendre puisqu’elle lui dit toujours tout. Mon intervention a consisté à lui dire : « Mais c’est possible de tout dire à sa mère ? » La mère et la fille ont souri. Et la jeune fille a consentit à dire qu’elle ne disait quand même, peut-être pas « tout tout tout ! ». Ce bref échange montre qu’un écart dans le discours est possible. Il va contribuer à ce que cette jeune fille puisse se saisir d’un espace pour sa propre parole. C’est d’une importance fondamentale qu’il y ait des temps de parole distincts pour les mères et pour leur enfant.


La prise de parole d’une mère peut donc avoir des effets sur les symptômes de son enfant ?


Je pense à un exemple récent dans lequel l’agitation nocturne de l’enfant a cédé dans le même temps où sa mère a souligné et considéré à quel point elle avait besoin des signes sonores de sa présence.


Cela a permis à cet enfant de s’ouvrir à sa propre parole ?


Oui, il a pu se défaire du point lourd de cette histoire, qui appartenait à sa mère.

Ce n’est pas toujours facile dans un service de pédopsychiatrie, où l’on est censé s’occuper des enfants, de faire valoir qu’un espace pour les mères est essentiel. Cela me semble d’autant plus vrai lorsque la croyance en une mère idéale est le modèle dominant et que les choses se pensent dans un rapport binaire en termes de bonne ou mauvaise mère.


i Noëlle Gouyette est éducatrice spécialisée en pédopsychiatrie, dans un CMPP et un hôpital de jour pour enfants.