Sur Internet, le mythe de la supermaman qui est sur tous les fronts a sérieusement pris du plomb dans l’aile. Finito, l’image idéalisée de la mère sacrificielle. Internet fourmille littéralement de blogs et d’articles qui font valoir l’adage fameux : « Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants ». Ainsi le blog http://www.mauvaisemere.fr/, qui décrit avec humour les turpitudes ordinaires d’une jeune maman : puisque « je ne serai jamais la mère idéale, j’ai décidé d’être une mauvaise mère, mais avec panache. » Les aveux circonstanciés de mères indignes autoproclamées ne manquent pas sur Internet, comme celui-ci pioché dans une liste parmi tant d’autres : « Le matin parfois, je fais semblant de dormir jusqu’à ce que mon mari soit parti avec les enfants, comme ça je ne dois m’occuper de rien. »

image animée dans le texte

Le miracle de la naissance

Ces mères tournent en dérision leur propre idéal pour démontrer l’impossibilité d’être exemplaire en matière d’éducation et dénoncer joyeusement les fautes dont chacune se rend coupable comme mère, avec la cruauté lucide chère à certaines. Je vous renvoie notamment à la recension très drôle d’un livre dont le titre dit tout : « Traumatiser votre enfant, 7 méthodes infaillibles pour en faire un être inadapté et génial ». On trouve même cette polémique entre les mères indignes revendiquées et celles qui dénoncent la jouissance de cette position, qui consisterait à déplacer la faute sur autrui, à savoir sur la fameuse « bonne mère » : « Nous les mauvaises mères prenons plaisir à confesser nos péchés car nous savons que les mères qui s’approchent le plus de l’idéal de la bonne mère, celles qui se sacrifient, qui sont humbles, douces, joyeuses et infiniment patientes sont en fait les vraies mauvaises mères. » Il s’agit bien sûr de deux postures également imaginaires.

#team Bree Van de Kamp

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#team Lynette Scavo

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Sur l’air de « la mère suffisamment bonne «  de Winnicott, le ton humoristique et jouissif vise à se déculpabiliser soi-même ainsi que toutes les mères qui ploient sous le poids de l’idéal de la bonne mère : des ruades contre le surmoi, donc, contre « La mère », si elle existait. Mais, le rire n’étant jamais que l’envers de l’angoisse, on s’aperçoit que cette position vise aussi à se défendre d’au moins deux points d’insupportable. D’abord, celui d’être réduite à un objet, un bien public, comme en témoigne l’indignation de cette auteur de nombreux billets beaucoup plus légers, à l’égard des inconnus qui touchent le ventre des femmes enceintes dans l’espace public sans leur demander l’autorisation. L’autre point réside dans le fantasme véhiculé par l’image de la maternité triomphante et dont certaines femmes peuvent trouver l’écho en elles-mêmes que leur enfant pourrait venir complètement saturer leur manque… C’est ce manque que la revendication à être une mère indigne réintroduit.

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