Entretien avec Stéphane Viville

Aujourd’hui il est possible de « devenir mère » sans transmettre une maladie génétique grâce au Diagnostic Pré Implantatoire. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le DPI[1] ?

Le DPI est une technique qui permet d’éviter la transmission d’une maladie génétique. Il s’agit de faire une analyse génétique de l’embryon, avant son implantation dans l’utérus, pour permettre de ne transférer dans l’utérus de la future mère que des embryons indemnes. Cette procédure combine deux pratiques médicales : la fécondation in vitro, ou FIV, et la génétique. La première permet d’obtenir des embryons sur lesquels il est possible de prélever, sans altérer leur potentiel de développement, une ou deux cellules lorsqu’ils sont au stade de huit cellules. Sur ces cellules il est possible de réaliser une analyse génétique et de déterminer le statut génétique de chaque embryon. Seuls les embryons exempts de la maladie sont transférés dans l’utérus.

Exposé comme cela, la procédure peut paraître simple. Or elle est très complexe. Pour le biologiste c’est un vrai challenge. Il s’agit d’effectuer un diagnostic génétique à partir d’une seule cellule et dans un temps record, puisque nous ne disposons que de quelques heures entre le moment de la biopsie embryonnaire et du transfert utérin.

Les difficultés pour le couple sont différentes selon le type de pathologie avec un point commun qui est le plus important, à savoir le risque de transmettre à son enfant une maladie d’une particulière gravité.

Quels sont les types de pathologie concernés ?

Dans une maladie autosomique récessive, les deux membres du couple ont un défaut sur leur gène et c’est quand les deux transmettent ce défaut que la pathologie va se développer. Il y a donc un partage de responsabilités ; les deux membres du couple sont sur un pied d’égalité. Dans la majorité des cas, le couple ignore son statut à risque et ne l’apprend qu’à la suite soit de la naissance d’un enfant atteint, mort parfois ou gravement handicapé, soit suite à une IMG (Interruption Médicale de Grossesse). C’est suite à ce vécu dramatique qu’un couple va formuler une demande de DPI. L’exemple emblématique des maladies récessives est la mucoviscidose.

Dans le cadre d’une maladie autosomique dominante, un des membres du couple a la maladie (ou bien va la développer). Il existe un historique familial de la maladie : quelqu’un, voire plusieurs personnes sont atteints ou déjà décédés dans la famille. Ce sont souvent des couples qui n’ont pas encore d’enfants. Ils se savent à risque mais ne veulent en aucun cas passer par une IMG. Le DPI est une bonne solution pour eux. De plus, le DPI donne la possibilité de répondre à une deuxième demande du couple, moins clairement formulée, à savoir d’éradiquer la pathologie dans la famille, de sortir d’une « damnation » familiale.

Un exemple emblématique de maladie dominante est la maladie de Huntington. Il s’agit d’une maladie neurodégénérative qui se déclare vers 40 ans et va durer de 15 à 20 ans. Il y a perte des capacités intellectuels et physiques, des signes psychiatriques associés et les malades ne se rendent pas compte de ce qui leur arrive.

Sa particularité est la possibilité de faire un DPI sans faire le diagnostic pour soi-même. Cela permet de ne pas transmettre cette maladie, mais avec la possibilité de ne pas savoir si on va ou non développer soi-même la pathologie. Cela pose un problème éthique. Si un couple n’a pas la maladie, dans 50 % des cas on va lui proposer une procédure dont il n’a pas besoin et, dans ce cas-là, on va éliminer des embryons qui sont sains. Le CCNE a été sollicité et a donné un avis favorable.

Pour la maladie de Huntington, il y a donc deux types de demandes de DPI, ceux qui ont fait le test et ceux qui ne l’ont pas fait. Pour ceux qui n’ont pas fait le test, nous avions deux possibilités :

– Tester la personne sans lui divulguer le résultat et faire le test directement sur l’embryon. Cela place la personne qui refuse de savoir dans une situation invivable et le biologiste aussi, puisqu’elle refuse de savoir tandis que le biologiste sait. Pour moi, c’est inacceptable.

– Une autre possibilité est de faire un test indirect. On cherche non pas la maladie mais le chromosome qui a été transmis. Si c’est le grand-père qui est atteint, les embryons qui ont hérité du chromosome du grand-père sont éliminés et les embryons qui ont hérité du chromosome de la grand-mère sont conservés : on parle de diagnostic d’exclusion. Mais cela veut aussi dire que parmi les embryons qu’on rejette, une fois sur deux ils n’ont pas la maladie. Dans une telle situation, le DPI est beaucoup plus acceptable parce qu’il n’y a pas d’IMG d’enfants sains.

Y a-t-il des alternatives au DPI ?

Pour ces couples l’alternative au DPN et au DPI est l’adoption ou le don de gamètes. Non seulement il s’agit de procédures lourdes et longues, mais en plus, avec le projet de séquençage du génome humain, les citoyens ont pris conscience de leur propre génome. Ceci influence leur projet parental et leur volonté de transmettre leur « capital génome ». Ceci les pousse vers la réalisation d’un DPN ou d’un DPI.

Propos recueillis par Isabelle Durand et Isabelle Galland 

[1] Stéphane Viville est professeur des Universités, praticien hospitalier (PU-PH), chercheur à l’Institut de Génétique et de Biologie Moléculaire et Cellulaire GBMC/Faculté de Médecine de Strasbourg/ Université de Strasbourg/CHU de Strasbourg.