La mère et le grand Tout


Fabienne Brugère a fait connaître en France la voix différente de Carol Gilligan et sa théorie du care. Mais le care, comme elle le souligne, n’est pas un maternage. Pour ne pas tomber dans une nouvelle naturalisation du sexe il faudrait, avec Judith Butler, dé-genrer ou déféminiser la sollicitude. Mais ne risque-t-on pas derrière cette nouvelle figure d’effacer une mère du désir, voire une mère dévorante abusive qui est pour la fille parfois un ravage ? L’extension généralisée de la théorie du care vers les animaux, l’environnement, la planète voire le « tout », peut nous mener à un certain délire de responsabilité. Lacan avait vu très tôt que derrière l’imago maternelle on pouvait deviner l’idée d’une assimilation de la totalité à l’être où il voyait l’effet des nostalgies de l’humanité : « mirage métaphysique de l’harmonie universelle, abîme mystique de la fusion affective, utopie sociale d’une tutelle totalitaire, toutes sorties de la hantise du paradis perdu d’avant la naissance et la plus obscure aspiration à la mort » (Autres écrits, p. 36). Ce visage de la mort, Edgar A. Poe ne le séparait pas de celui de la mère. Face à ce grand Tout, une femme comme pas-toute prend une nouvelle dimension – celle de l’altérité du corps et sa topologie tissée –, contre le goût d’un Autre aussi « naturel » que réel devenu monde ?


Philippe La Sagna

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Entretien avec Fabienne Brugère, philosophe, par Philippe La Sagna

 

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Alix de la maternité en mère divisée, par Deborah Gutermann-Jacquet

 

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