Une enfance pas comme les autre

 Dans les générations précédentes, plusieurs personnes ont été malades mentales. La grande- mère tenta, par exemple, d’étouffer la petite. Marilyn fut donc placée d’abord chez les voisins, puis ballotée entre des nombreuses familles d’accueil et l’orphelinat.

Gladys, sa mère, travaillait dans un laboratoire de développement de négatifs à Hollywood.   Elle prénomma sa fille d’après deux grandes actrices de Hollywood, Norma Shearer – à qui elle croyait ressembler un peu – et Jean Harlow , une blonde platine, pin-up des années 30 et sex-symbol abonnée aux rôles de sirène clownesque1.

A la suite d’une violente dispute, Gladys interdit au père le foyer conjugal et de voir sa fille. Plus tard, elle aurait dit à l’enfant que son père était mort dans un accident de voiture.

Marilyn trouvait sa mère jolie mais distante : jamais elle ne lui souriait ni ne l’embrassait ou la prenait dans ses bras. Lorsque Tante Grace, une amie de la mère, lui caressa la joue, elle fut ravie. Sa mère provoquait chez elle un sentiment d’étrangeté. Elle n’eut pour sa fille qu’un seul rêve, suivi d’un triste dénouement. Sa mère lui promit qu’elle ferait des économies pour acheter une maison blanche, avec un piano blanc, une table blanche, des rideaux blancs. Moyennant un prêt très cher, elle arriva à ses fins. Mais le rêve prit fin le jour où, à neuf ans,  Marilyn se fit agresser sexuellement par le locataire qui permettait à sa mère de payer ses traites. Le locataire tenta d’étouffer l’affaire en payant le silence de la fillette avec une pièce de monnaie. Elle tenta de dire à sa mère ce qui venait de lui arriver mais à la place, elle se mit à bégayer. Ce symptôme resta présent pour elle jusqu’à l’âge adulte. La mère eu une crise de folie et fut alors hospitalisée. « Je n’ai jamais oublié cette maison blanche et tous ses meubles », dira-Marilyn. Et elle fera tout pour récupérer le piano blanc, qu’elle peindra « d’un blanc ravissant »2.

Alors qu’elle commence à travailler comme mannequin, elle choisit le  nom de son grand- père  maternel, Monroe, nom prestigieux, qu’elle rattacha à un ancêtre célèbre, le président Monroe, auteur de la célèbre loi.

First lady ou chronique d’une mort annoncée

Durant sa carrière, on lui reprocha souvent une certaine obscénité. Pour y échapper, Marilyn tenta de devenir une vraie actrice, à l’Actor’s Studio, une femme au foyer et une mère auprès d’Arthur Miller. Mais cette union ayant échoué, est-ce le ravage maternel qui prima dans sa dernière solution : « la Maison Blanche » ? Puisqu’elle avait choisi de porter le nom d’un président américain célèbre, Marilyn aspirait-elle à devenir Première dame des USA afin de récupérer la place de l’exception au féminin ? Elle fréquentait déjà JFK depuis presque dix ans, mais elle était frigide et donc ne tirait aucune satisfaction des rapports sexuels. Certains biographes affirment qu’elle pensait fermement devenir un jour Mrs. Kennedy3 mais un coup de blues s’empara d’elle, fin 1959. Elle comprit qu’il ne divorcerait jamais : il était désormais candidat à la présidence des États-Unis.

Une fois élu, il craignait que sa liaison avec la star ne nuise à sa fonction. Sa ligne téléphonique exclusive à la Maison Blanche fut coupée et Marilyn commença sa descente aux enfers. Elle devint érotomane et harcela JFK et son frère. Finalement, elle mourra toute seule, à son domicile, d’une overdose de barbituriques, le 4 août 1962.



1                      [i] Charyn, J., Marilyn, la dernière déesse, Paris,  Gallimard, p. 28, coll. Gallimard découvertes.

2                      [i] Ibid., p. 30.

3                      [i] Wolfe, D. H., Enquête sur un assassinat, Pais, Albin Michel, 1998, Ed. J’ai lu, traduit de l’américain par Dominique Peters et al., p. 390.