Au bruit discret du grelot de son doudou, les parents de la petite fille savaient qu’elle ne dormait toujours pas. Gaie comme un pinson le jour, le sommeil peinait cependant à venir le soir depuis un certain temps.

La maman s’interrogeait… car ses nuits, à elle aussi, étaient perturbées depuis que son analyste lui avait appris qu’il cessait son activité, souffrant d’un mal qu’il devait combattre. Cette annonce avait ravivé le traumatisme de la contingence de sa naissance et de la mort de son père.

Elle se demandait si son tourment pouvait troubler ainsi sa fille de deux ans et demi. Elle décida donc de lui en dire deux mots.

M : « Tu sais, en ce moment, j’ai aussi un peu de mal à dormir »

PF : « Pouquoi ? »

M : « Parce que je suis triste, car un monsieur que j’aime beaucoup est malade »

PF : « C’est qui le monsieur ? »

M : «  Heu… Un collègue »

PF : « Et le monsieur… Il dit non aussi pour le lit de papa-maman ? »

M : « Oui, certainement ! »

PF : « Oh non ! C’est pas vrai ! »

La petite fille s’endormit peu après et les soirs suivants sans difficulté.

La question de la petite fille eu un effet de surprise qui provoqua le rire chez sa maman. Non seulement elle interprétait ainsi le transfert paternel de sa mère à l’analyste, mais elle s’en servait ! Un Autre disait non aussi, comme papa, comme maman.

Elle lui indiquait de surcroît que le traumatisme ne se transmet pas. La petite fille ne se souciait guère des sentiments de sa mère, ni de son trauma, occupée par l’idée de retrouver le lit parental, qui l’avait accueillie quelques mois plus tôt lors de fortes fièvres, et où elle se logeait entre ses parents, collée au corps maternel !

En juin dernier, nous fêtions les vingt ans de la section clinique de Rennes. Je ne pu me garder de raconter cette petite histoire à Roger Cassin. Il s’en amusa, puis ponctua cet aparté en m’adressant : « Et bien, le monsieur ne va pas si mal ! » Et… Il partit.

Analyste il fut, jusqu’au bout.