L Salvayre Pas pleurer

Une mère, aujourd’hui très âgée et déjà fortement marquée par les lacunes de la mémoire, raconte à sa seconde fille avec une très grande précision comment elle a découvert l’amour et est devenue mère, la première fois. La fille, Lydie Salvayre, qui n’est pas le fruit de ce qui pour cette mère reste l’inoubliable, sauve d’un autre oubli ce récit en en faisant un livre, Pas pleurer.

Montse affirme que c’est grâce à la guerre qu’elle a connu tout ce bonheur, que lui fut révélé l’amour, la rencontre des corps, au sortir de l’adolescence. De son petit village catalan, où tout semblait immuable, elle n’aurait jamais pensé cela possible. Les perspectives de partage et de fraternité que faisait naître l’insurrection libertaire des années 36 avaient enthousiasmé Josep, son frère aîné, et elle se laissait gagner par cet élan. C’est alors que, après des adieux déchirants, ils quittèrent le village pour rejoindre Barcelone afin de s’engager dans la lutte contre les nationalistes. La ville l’éblouit, l’effervescence révolutionnaire la transporta, la liesse qui s’emparait de cette jeunesse qui venait non seulement de toute la Catalogne mais aussi de nombreux autres pays et qui voulait se battre pour la liberté, devint la sienne.

Lors des soirées passées sur les ramblas, les rencontres étaient un enchantement, toujours renouvelé. Un soir, alors qu’elle était assise à une table, un homme jeune vint s’asseoir. Il était français. Elle le trouva très beau avec son regard pénétrant, son front décidé surmonté de magnifiques cheveux noirs. Il parlait avec passion. Il était écrivain. Il s’appelait André. Il se dégageait de lui une sensualité qui produisait en elle des sensations nouvelles et tellement singulières. Elle le suivit dans sa chambre. Au petit matin, il devait partir au front. Elle ne l’a jamais revu. Pourtant ce ne fut pas une rencontre sans lendemain.

Ensuite, il a fallu rentrer au village. Mais, là, c’est une toute autre histoire… aussi de mères et de filles.