Nathalie Griesbeck

Nathalie Griesbeck est élue du Modem, députée européenne depuis juin 2004, conseillère générale de la Moselle pour le canton de Metz-Ville-3 depuis 1988 et vice-présidente du Conseil général depuis 2011.Elle a également présidé pendant dix ans le Conseil de famille de la Moselle en charge des procédures d’adoption et de l’accompagnement des pupilles de l’État.

En tant que mère, pouvez-vous nous dire ce que représente pour vous le désir d’enfant[i] 

Il y a deux entrées dans votre question. Pour moi être mère, c’est avant tout la chance de pouvoir donner la vie. Mon ressenti vis-à-vis de mes enfants a été que je leur avais donné la vie, et que cette vie-là ne m’appartenait absolument pas. C’est la leur. Et mon rôle de mère est – a été – de les protéger, les responsabiliser, de les accompagner dans la construction de leur existence propre, vers leur autonomie et leur épanouissement. Cela a supposé pour moi d’assumer très jeune ces responsabilités – j’ai eu ma fille alors que j’étais encore étudiante. En ce qui concerne le deuxième aspect de votre question – le désir d’enfant – je ne sais pas très bien l’expliquer. Votre question n’en a pas l’air mais elle est d’une modernité redoutable. Il y a pour moi un caractère extraordinaire dans le don de la vie, d’être à la fois actrice et témoin du mouvement de la vie, de l’arrivée d’un nouvel être et de sa venue au monde. Et ce désir est, je crois, propre à chaque femme, et la manière dont elle le vit et l’assume est peut-être un indicateur de la condition des femmes dans la société.

Quelle est votre position vis-à-vis de la GPA[ii] ?

C’est très difficile de dire si je suis contre ou pour. J’y ai personnellement beaucoup réfléchi et c’est d’abord en tant que femme que je vais vous répondre. En tant que femme, je ne suis pas favorable à la gestation pour autrui, pas du tout. Non seulement je ne suis pas convaincue par les arguments favorables que j’ai entendus, mais en plus, selon moi cela ferait de l’enfant à venir un produit qui pourrait être acheté, un bien marchand qui vous appartiendrait, or l’enfant n’appartient qu’à lui-même. Cela ferait également de la femme un objet de production, ce qui serait une terrible régression pour la condition de la femme et également pour la famille. De mon point de vue de femme politique et de parlementaire européenne, ce qui guide mes positions politiques en la matière, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant. C’est cela qui selon moi doit être prioritaire dans les décisions politiques sur cette question.

Que pensez-vous des nouvelles formes de la famille ?

Ce sont toutes des familles à part entière. Cependant elles ont chacune leurs particularités, et je pense que l’on ne peut pas en faire la même analyse. Les familles recomposées sont par exemple très fréquentes, mais certaines avec des recompositions, déstructurations, restructurations et parfois ré-explosions. Et cette instabilité, je trouve ça redoutable. Cela m’inquiète pour notre société, et surtout pour les tout-petits. En ce qui concerne les familles homoparentales, c’est un sujet d’actualité qui divise la société. Le débat agité, qui selon moi a été mal posé par le législateur, peine à régler la chose. En tant que femme politique, je considère que c’est un échec, mais il est évident qu’il était nécessaire qu’il y ait un cadre légal qui soit clarifié pour tous ces enfants qui vivent dans des familles homoparentales. Il y a enfin les familles monoparentales qui sont les plus fragiles, avec notamment une majorité de femmes qui élèvent seules leurs enfants. Il me paraît important aussi d’ajouter que ces familles que l’on dit nouvelles ont en commun au moins deux choses avec la famille dite traditionnelle, c’est l’amour et les soucis. Et peut-être sont-elles une conséquence des changements que connaît notre société depuis plus d’un demi-siècle, et qui ont modifié par ailleurs les rapports entre les hommes et les femmes qui n’ont aujourd’hui plus du tout les mêmes repères.

 

Propos recueillis par Odile Barthelemy, Thierry Nussberger et Aurélie Mor-Boo

[i] Retranscription : David Sellem.

[ii]Gestation pour autrui.