Le site maman-blues.fr a été créé par deux femmes qui venaient de vivre une douloureuse expérience de maternité. Il se veut lieu d’écoute et de soutien non médicalisé dans le cadre de difficultés maternelles et propose, à l’occasion, des conseils grâce à un forum où les mères peuvent témoigner. Un objectif se dégage : il s’agit de « donner du sens à l’insécurité et une réalité à ce qui semblait n’être issu que de son imagination ou de sa folie ». De cet objectif se déduit une affirmation : les difficultés maternelles ne sont pas toujours pathologiques et ne renvoient pas, systématiquement, à une prise en charge médicale et spécialisée. De quoi parlent ces mères ? Des douleurs de l’accouchement, de la fatigue, de la solitude, de la peur d’être incompétente, du sentiment d’échouer à comprendre les pleurs du nourrisson, etc. Bref, elles décrivent la contingence non anticipée d’une réalité bien loin de l’image d’Épinal de l’enfant venant s’inscrire dans un tableau dont l’harmonie serait soulignée par des couleurs pastel.

Maman-blues.fr met en avant la dimension « d’effraction » de la maternité et l’aspect « devenir une mère ». Voilà quelques échos de ce site : « Dès la première journée à la maison, dès la première mise au sein, () j’ai été tétanisée par la peur de mal faire, de ne pas savoir quoi faire. J’ai été submergée par mon incompétence. » « J’ai peur, je commence à paniquer. Comment faire pour dormir ? () Je sens une énorme boule qui monte, qui monte… je vais exploser. » « Je veux qu’il se taise car il va réveiller ceux qui dorment et montrer au monde entier mon impuissance de mère… Je panique dans ces couloirs glauques… » « En quelques jours, ce fut une véritable hémorragie interne, une perte de tous mes repères, de bon sens, de plaisir… quelque chose s’échappait de ma vie et m’échappait complètement. »

Dans son Séminaire sur La relation d’objet, Lacan décomplète la pseudo harmonie idéale entre la mère et son enfant. Il fait de l’enfant l’objet réel qui vient symboliquement occuper la place d’un besoin imaginaire, et souligne la discordance imaginaire provoquée par la présence de l’enfant.

Cette discordance n’est pas sans effets de corps, comme en témoigne une expression qui s’est cristallisée sur le site à partir de toutes ces paroles : tremblement de mère. « Tremblement de mère » – formule qui est devenue le titre d’un ouvrage1 serait la nomination de ce moment de perplexité, parfois d’effondrement, qui suit l’accouchement. Nomination d’un réel en jeu qui bouscule les constructions fantasmatiques dans lesquelles l’enfant vient se loger ou pas.


1Tremblements de mères, le visage caché de la maternité, Paris, éditions L’instant Présent, 2010.