Si la psychanalyse faisait révolution en posant cette question scandaleuse : « qu’est-ce qu’une femme ? », la science moderne, elle, oblige à nous interroger sur ce qu’est une mère. Depuis le droit romain, elle était épinglée d’un « mater semper certa est ». Sa certitude répondait en cela au « pater incertus ». La mère était certaine, quand le père avait à être nommé.

Or cette logique est entièrement bousculée. La génétique offre dorénavant l’assurance d’une réponse « réelle », à défaut d’être vraie, concernant le père. Le père est aujourd’hui celui qui a transmis ses gènes. Il tient finalement à peu de choses : un simple spermatozoïde encombré de son bagage génétique. Aujourd’hui donc, c’est le pater qui est certus. Neutre, vide, mais certain.


Parallèlement, on constate que les contours de la figure maternelle s’estompent, ce dont la Gestation Pour Autrui, ou GPA, témoigne par excellence. Aucun lien génétique n’existe désormais nécessairement entre la mère dite « porteuse » et le bébé à naître. Elle abrite un enfant conçu à partir des gamètes du couple demandeur ou d’un tiers donneur. Sans lien génétique donc, mais pas sans lien biologique. Ainsi, la loi française dit que la maternité est liée à l’accouchement. Est mère celle qui donne naissance. Il est même stipulé dans un rapport de la cour d’appel de Rennes de juillet 2002 que « la réalité génétique » ne suffit pas à créer la filiation maternelle. Ailleurs, en Californie et en Israël, la mère est celle qui veut être mère. C’est le désir qui est retenu comme faisant foi.


Cesserons-nous pour autant d’entendre fleurir sur le divan cette plainte douloureuse de « ne pas avoir été désiré » ? Rien n’est moins sûr, car le désir est toujours un peu fou et ne se plie pas facilement à la loi. C’est plutôt elle qui se plie, non sans quelques soubresauts, aux désirs que chaque époque autorise et même génère. Voilà qui ne manquera pas de se révéler pourvoyeur de symptômes nouveaux, comme autant de désirs affolés. À l’heure de la science, la mère est-elle en passe de devenir une inconnue supplémentaire dans les équations complexes qui décrivent les trajectoires des sujets contemporains ? À vrai dire, on pourrait se demander si, à mesure que le père devient trop certain, la mère ne doit pas forcément reculer un peu dans l’ombre de l’incertain, afin de ménager un espace possible pour l’indécidable, sans lequel la vie ne serait plus ce qu’elle est. Ne faut-il pas toujours un peu d’absence de réponse pour vivre ?