Trois jours que mes enfants sont souffrants. Une vilaine gastro-entérite. Je me transforme en garde-malade : je les câline, je prends la température, je distribue les médicaments, je les nettoie, je lave les sols, les draps, les pyjamas. Je baigne dans leurs sécrétions, avec eux, brûlants de fièvre. Je m’inquiète de les voir si éteints, sauf pour m’appeler à l’aide :


« Maman, maman ! »


Voilà que s’annonce une énième catastrophe intestinale, une autre nuit ponctuée de réveils en urgence. L’heure est à l’action, j’essaie de réconforter l’un après l’autre et de nous dégager des mauvaises odeurs…


Enfin la vie semble reprendre une tournure ordinaire. Premier repas après la tempête. Je suis épuisée, comme eux. Clémence m’appelle :


« maman ! »


Là, je l’interromps, je craque et m’entends dire, aussi sidérée qu’eux :


« Non, à partir de maintenant, vous ne m’appelez plus maman mais madame ! »


15 ans plus tard, Clémence se souvient parfaitement de cette anecdote : « Un de nos mythes fondateurs : le jour où l’on a découvert que notre mère était une entité indépendante de la nôtre ! »