Propos recueillis par Michèle Chalmin

Vous exercez le métier de gynécologue obstétricien depuis plus de 30 ansi. Que vous évoque « être mère » dans votre pratique ?

La question est large ! En 30 ans, je dirais que ce qui a changé, c’est le niveau de médicalisation de la naissance, surtout pour les professionnels. Du côté de la patiente, elle recherche, certes, un degré de sécurité pour accoucher dans les meilleures conditions. Mais ce que recherche une femme avant tout, c’est un moment de bonheur. Depuis 30 ans, l’accouchement est toujours vécu par la femme avec la même intensité, avec la même émotion, avec la même perception que ce doit être un moment heureux. Par contre, ce qui, à mon sens, a profondément changé, c’est qu’aujourd’hui ce n’est plus « être mère » mais « être parents » dont il s’agit, car il y a deux personnes. La maternité n’est plus uniquement une histoire de femme. Avant, il y avait un lien singulier entre la patiente et l’obstétricien. Aujourd’hui, il y a deux parents qui ont fait le projet d’avoir un enfant, et la présence des pères est plus importante. Même si anatomiquement, il n’y a qu’une personne, l’accompagnateur n’est pas que spectateur. Il est là de façon active par l’émotion et par ses encouragements au moment des efforts expulsifs.

Les évolutions technologiques ont-elles modifié votre approche de la maternité ?

L’arrivée de l’échographie a complètement changé notre approche de la maternité, en ce sens que nous sommes devenus « voyants » : nous pouvons voir les anomalies au niveau du fœtus et nous pouvons donc suggérer une interruption de grossesse. Ça rend l’affaire moins magique. Avant, l’obstétricien était comme un magicien qui sortait le lapin du chapeau ! L’accouchement était un art, un moment de magie, de bonheur et d’émotions partagées. Aujourd’hui, l’échographie fait de nous des pédiatres in utero, alors qu’autrefois nous découvrions l’enfant en même temps que la mère.

Je ne sais pour quelle raison, mais cela m’amène à me demander : pourquoi un homme peut-il en venir à faire ce métier, et à exercer dans un monde de femmes ? Pour moi, c’est à travers l’émotion que cela s’est joué ! C’est dans le temps de la naissance de mon premier enfant que cette vocation m’est apparue. Alors âgé de 20 ans, j’étais étudiant en médecine et je me suis dit que je ne pouvais pas faire autre chose que ce métier où l’on se trouve confronté à l’émotion des autres. Mais ce qui est attendu comme une joie peut tourner mal. Nous sommes aussi attendus pour éviter la catastrophe et dans ce cas-là, j’éprouve toujours la sensation du trapéziste sans filet et un sentiment de grande solitude. Je respire profondément pour tenter de ralentir les battements de mon cœur qui s’emballe, et j’agis. À l’époque où je fumais, quand j’avais réussi une intervention difficile, je courais fumer une clope en me demandant pourquoi à chaque fois, je recommençais ! Ce métier, c’est comme une drogue : j’aurais voulu pouvoir transmettre ma passion à l’un de mes enfants.

Quelles questions vous posent les nouvelles lois en matière de PMA dans votre pratique ?

Pour avoir un enfant, c’est l’amour qui prime ! Ce qui compte, c’est deux parents qui attendent un enfant de l’amour et qui surtout souhaitent l’élever, l’éduquer. Par exemple, le déni de grossesse est quelque chose qui depuis 30 ans ne cesse de me questionner. Enfin, ce que permettent ces nouvelles lois, c’est un enfant quand je veux, où je veux et avec qui je veux !


i Le Docteur Georges Barau est Chef du Pôle Femme Mère Enfant et chef du Service de Gynécologie Obstétrique du CHU-Sud Réunion.