Propos recueillis par Cécile Richard-Chignac

Pourquoi avez-vous choisi d’exercer en néonatologie1 ?

Je m’occupe du nouveau-né, un enfant qui n’a pas de passé pathologique. Il a neuf mois de grossesse, et l’accouchement, c’est comme une suite. En fait, pendant mon cursus, j’adorais les syndromes, les maladies rares. Pour moi, le quotidien, c’était acquis, banalisé. En revanche, il y a toujours du nouveau dans un syndrome : c’est à la pointe, c’est au-dessus. Je voulais être unique – tout le monde ne connaît pas les syndromes –, être celui qui voit, là où d’autres cherchent. À ce moment là, les gens, les parents ne voient que moi, les gens retiennent le nom de la maladie et le nom du médecin.

Qu’est-ce que la question de la maternité vous évoque ?

J’interviens en maternité auprès des parents, des mères, par rapport aux malformations fœtales. Les gynécologues me demandent d’intervenir pour expliquer les maladies, les risques pour les enfants. Il y a des mots qui restent, dont les parents reparlent lors des consultations, bien après la naissance de l’enfant. Des mots entendus au moment des échographies comme « un fémur court », ou « une clarté nucale augmentée ». Même si l’enfant va très bien, même si l’on pose la question alors que l’enfant est âgé de cinq ans. C’est ce dont les mères parlent lorsque l’on demande ce qu’elles pensent de leur parcours. Elles souffrent en silence, ces femmes. Il y a un impact des mots. L’OMS définit la santé par un bien-être psychique, mental. Ce n’est pas pour rien qu’elle ajoute « mental ». Il y a un Espagnol de Cordoue qui dit, à propos de la médecine arabe, qu’elle est la seule médecine qui a pu traduire ce qui a été fait depuis l’Antiquité. Il fait remarquer qu’ils soignaient les corps pour élever les âmes. Est-ce cela la qualité de vie ? Ne pas faire plus que juste soigner, cela ne sert à rien !

Il y a aussi la question du malentendu entre le médecin qui dit quelque chose, et les parents qui entendent autre chose. En tant que médecin, si l’on veut trop simplifier, cela perd de son poids. Les parents pourraient comprendre que leur bébé n’a pas grand-chose. Par exemple : en réa-néonatologie, dire qu’« il va bien sauf… qu’il est intubé ou ventilé ». Inversement, une situation m’a marqué ; il avait été dit à une mère par un gynécologue : « Votre bébé est petit et il a un gros RCIU2 », et il lui avait proposé une ITG3. Un autre gynécologue, après une autre échographie, a dit : « l’enfant va très bien ». Heureusement que la mère a refusé l’ITG, car l’enfant va en effet très bien !

1 Pédiatre en anténatalité au CHU Pôle Mère-femme-enfant.

2Retard de croissance intra utérin.

3 Interruption thérapeutique de grossesse.