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The Others est un film d’Alejandro Amenábar, sorti en 2001.

Nous sommes en 1945, sur l’île de Jersey. Grace Stewart (Nicole Kidman ), fervente catholique, habite un sombre manoir entouré d’un épais et lourd brouillard. Son mari Charles (Christopher Eccleston) est parti sur le front ; elle vit seule avec ses charmants enfants, Nicolas (James Bentley) et Anne (Alakina Mann), vifs, bavards, et pleins d’esprit. Mais ne supportant pas la lumière du jour, ces derniers sont étrangement condamnés à vivre dans une demie-obscurité que leur mère préserve coûte que coûte. S’adressant à sa gouvernante, Grace lui dit : « Ici seule la lumière se déplace. Et ça change tout. C’est assez difficile, on pourrait presque dire insupportable. Une seule chose reste à faire : garder la tête froide. Je n’aime pas les fantasmes ou les idées bizarres. Vous voyez ce que je veux dire? Mes enfants ont parfois des idées bizarres, mais n’y faites pas attention, ce sont des enfantillages. »

Le film d’Amenábar nous fait se souvenir à sa façon d’un paradoxe que De Clérambault[1] avait déjà pointé avec force quant aux passages à l’’acte de certaines mères, ⎯ d’’autant plus dangereuses pour leurs enfants que leur « sentiment maternel » est exacerbé par la présence de ceux-ci. L’’interprétation de Nicole Kidman est à cet égard plus que remarquable : renversante de justesse.

Dans cette veine, The Others n’est pas sans résonances shakespeariennes, nous montrant une vérité dont une « moitié » reste impossible à dire, vérité portée d’ailleurs par d’étranges êtres. Vérité qui dissipera néanmoins les encombrantes limbes enveloppant l’existence de Grace…

Karim Bordeau

[1] Gaëtan Gatian De Clérambault, Oeuvres psychiatriques, Collection Insania, Paris 1998, p.676. Référence rappelée très récemment par Serge Cottet dans le cadre du séminaire « Etudes freudiennes» ( séance du 5/06/2014) tenu dans les locaux de l’Ecole de la Cause freudienne.