Plusieurs articles de presse[1], des sites spécialisés font état de la maternité des femmes sportives.[2] Etre mère et championne n’est plus une exception. Ces témoignages, à la fois valorisent la maternité des sportives et s’inquiètent quant à la compatibilité de la grossesse avec la carrière sportive et le retour au meilleur niveau.

            Les sportives se sont battues pour faire tomber les préjugés, les fantasmes qui les reléguaient hors-stade, sous prétexte de préserver leur féminité et leur fonction maternelle, en leur réservant des pratiques hygiéniques, protégées de tout excès. Elles pratiquent non pas comme les hommes, mais au même titre que les hommes, trouvant dans une partie de leur corps propre, l’occasion d’une satisfaction singularisée. Qu’on soit homme ou femme, ce qui pousse au sport, c’est qu’un « corps, ça se jouit… la jouissance, c’est le corps qui s’éprouve, c’est de l’ordre de la tension, de la dépense, voire de l’exploit. »[3] 100 ans après les J0 de 1896, en 1998, toutes les disciplines athlétiques sont accessibles aux femmes. Le marathon était encore impensable pour les femmes en 1960.

            En 1980, le sport devient spectacle et marchandise, les discours s’inversent. Sportifs et sportives, en fonction de leur efficacité motrice, deviennent des agents productifs de la performance. La maternité change de signification. Elle requiert un arrêt de l’entraînement d’au moins deux ans et entre dans un plan de carrière, pour faciliter le retour à la compétition. La maternité, objet d’une gestion « positive », un des facteurs de préparation et d’amélioration de la performance, crée de nouvelles divisions subjectives chez les sportives : à quels moments s’arrêter, Comment ?

            Etre sportive et devenir mère déplace la question de la maternité vers le réel de la grossesse, celui de l’accouchement et celui de la reprise de l’entraînement ; les phénomènes de corps dont elles auront à faire événement sont en décalage avec les fantasmes sur l’enfant à venir. La grossesse reste d’abord prise dans le processus d’entraînement préalable, l’attente du vivant à venir se programme comme l’entraînement, qui continue en partie, les prises de poids sont très importantes, à minima pour les sportives de disciplines artistiques, la gracilité du corps y demeurant essentielle. Des accouchements longs, difficiles, avec des déchirures. Le retour à la compétition souvent   contraignant et douloureux, une véritable épreuve pour retrouver les capacités motrices antérieures. C’est par la deuxième grossesse, que les sportives s’approprient le processus de la maternité pour elles, avec l’appui d’un homme présent.

            Devenir mère, continuité/discontinuité, changement de jouissance dans la satisfaction de corps trouvée jusque-là, au-delà des limites homéostatiques d’un organisme, vers l’acceptation qu’une jouissance de vie s’implante dans son corps. L’arrivée réelle de l’enfant bouleversera les calculs préalables, reprendre très vite ne se fait pas, arrêter et ne pas continuer, le lien à l’enfant fait limite et transformation du rapport à la performance antérieure. Pour chaque sportive mère une façon particulière de jouissance se redistribue entre le réel de la performance et le réel du vivant à venir. Elles transforment l’institution, actant que le sport n’a rien à voir avec le sexe, ni avec certains discours qui les ramènent toujours aux idéologies naturelles et biologiques. L’accès des femmes aux sports, c’est aussi celle de l’accès à la chose publique. Avoir l’égalité, les mêmes droits, n’est pas acquérir les mêmes jouissances dans son corps, c’est passer par l’existence du dissemblable.

F. labridy, 28 septembre 2014

[1]   http://www.ladepeche.fr/article/2010/04/26/823869-ces-championnes-sont-aussi-mamans.html

[2]   http://www.lapresse.ca/dossiers/internationaux-des-etats-unis/200909/11/01-900704-kim-clijsters-mere-et-championne.php

[3]   Lacan J., Psychanalyse et Médecine, Lettres de l’EFP, n° 1, 1er février 1966, p. 34-61