Souad El Maysour

Souad El Maysour est vice-présidente de la Communauté urbaine de Strasbourg, élue socialiste depuis six ans. Elle a toujours vécu en France. Ses parents immigrés marocains – son père a milité pour l’indépendance de son pays – lui ont toujours dit : « Tu peux parler de tout, mais pas de politique ». Elle est une artiste aussi, auteure, entre autre, d’une exposition sur l’image des femmes à l’époque coloniale.

Pouvez-vous nous parler de votre engagement en politique ?

Je me suis engagée en politique pour les générations futures. J’ai été très perturbée, au lendemain des présidentielles de 2002, de la présence du Front National au deuxième tour. J’ai très mal supporté de me voir imposer un candidat. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour l’avenir de nos enfants.

Nous avons la chance de vivre dans un pays qui tend vers la démocratie et dont la liberté de parole est une valeur. Je suis originaire du Maroc et, en dépit des avancées du droit des femmes qu’a connu ce pays, je ne pourrais y vivre en tant que femme. Car c’est une société où prédomine l’idéologie patriarcale et où l’éducation traditionnelle joue un rôle majeur dans la pérennité et la reproduction de pratiques sociales discriminatoires. Je me sens responsable de la société dans laquelle je vis et j’entends la défendre pour la léguer à mes filles.

Est-ce difficile d’être une femme en politique ?

Je constate que si la parité est une obligation aujourd’hui en France, le partage concerne souvent les sièges, mais pas le pouvoir. Je n’ai jamais été autant méprisée en tant que femme que depuis que je suis entrée en politique, parce que l’on réserve encore aux femmes – prolétaires de la politique – les postes les moins visibles, l’éducation, la culture mais pas la finance ou l’urbanisme et qu’elles sont exclues par principe de certaines réunions.

J’ai dû résister, y compris contre les gens de mon parti, contre l’instrumentalisation de l’image de la femme et plus particulièrement de la mienne, artiste d’origine maghrébine. Il est demandé aux femmes, quand elles veulent être autre chose qu’une plante verte d’ornementation, qu’elles fassent beaucoup mieux que les hommes.

Les désaccords politiques entre femmes sont souvent réduits à des problèmes de rivalité que les hommes argumentent ainsi : « c’est parce qu’elle est plus jolie que toi, parce qu’elle a des talons plus hauts ». Lorsqu’une femme s’énerve, elle est nécessairement hystérique.

Comment conciliez-vous la vie politique et la vie de famille ?

Il est demandé aux mères de familles de choisir entre s’occuper de leurs enfants ou faire de la politique. Les horaires de réunions, par exemple, sont une manière insidieuse et subtile de pénaliser la vie de famille, surtout dans le domaine de la culture où les rencontres ont très souvent lieu entre 16h et 19h, heures où il s’agit d’être présent pour ses enfants. Alors que certains hommes politiques s’exhibent avec eux, j’ai pour ma part toujours refusé de me servir de mes enfants dans mes missions, ou de faire écho à la culpabilisation qui frappe la collaboratrice politique enceinte.

J’ai la chance d’avoir un mari qui est un vrai féministe, plus que moi-même, qui n’attend pas systématiquement que je fasse les courses ou le ménage. Je regrette le lamentable recul du gouvernement sur la question de l’ABCD de l’égalité, qui questionnait d’abord la question de la place de la femme dans nos sociétés. Cela aurait été l’occasion de bousculer les valeurs traditionnelles et de favoriser une mutation des mentalités, comme l’ont permis la contraception ou le mariage pour tous.

Sur quels repères vous appuyez-vous dans vos réflexions politiques ?

La culture, comme la psychanalyse, qui sont deux espaces de liberté et qui sont les premiers menacés lorsque régressent les libertés politiques.