Depuis 1985, Jean-Marie Delassus, pédopsychiatre, chercheur et enseignant en périnatalité, a initié une nouvelle science médicale : la maternologie. En interprétant le mythe postfreudien du giron maternel à partir des neurosciences, l’auteur développe la thèse d’un continuum entre la vie fœtale et le devenir post-natal en s’appuyant sur une causalité neuronale de l’être et de l’existence i.

La maternologie s’offre comme réponse à des problématiques singulières de souffrances maternelles qu’elle entend universaliser. Les difficultés maternelles sont identifiées comme un trouble de la pensée de « la totalité Originaire ». Une nouvelle définition de la mère en découle : « l’être humain qui assure, en soi et par soi, le transfert de l’Originaire nécessaire à la création d’un autre être humain » ii.

Dans un souci de santé publique, la thérapie consiste dès lors « à mettre la mère sous perfusion continue de son bébé pour qu’il agisse et prépare, thérapeutes aidants, les voies de sa naissance » en vue « de faciliter l’émergence du transfert maternel plutôt que de traiter les conséquences douloureuses ou néfastes de son absence ou de son empêchement. La question centrale est ici la constitution de ce qui manque avant toute éradication de ce qui gêne » iii. L’observation vidéo-clinique du bébé pendant l’allaitement et de son regard en particulier est l’outil principal du « groupe de transfert » composé des soignants. Les images sont ensuite interprétées au ralenti en réunion afin d’établir un diagnostic selon une nosographie propre à cette discipline. Constatant que l’hospitalisation en service de maternologie n’empêchait pas voire aggravait l’état initial des mères, Delassus remarque que « la femme s’effondre de constater qu’elle ne se sent pas mère, […] elle ne sait pas ce qui lui arrive et elle tente de maîtriser une horreur inacceptable dont elle ne peut confier le secret à personne » iv.

Autrement dit, pour ces femmes avoir un enfant les confronte d’autant plus douloureusement à un manque-à-être qui fait objection à une logique du tout et à cette volonté de porter le féminin à l’universel. À ce titre, l’orientation de Lacan dans son dernier enseignement concernant la sexualité et la logique de la jouissance féminine « pas-toute » prise dans le signifiant est cruciale pour la psychanalyse. La maternologie, dernière-née du discours cognitiviste, prétend rendre la mère transparente à elle-même via un bébé-image. Ce discours promeut la maternité comme réponse à ce manque de mot pour dire leur être de femme. Une solution de complétude atteinte au prix d’une équivalence forcée femme-mère et au mépris de paroles et « d’accommodements aussi singuliers que le sont les femmes » v

i Delassus J.-M., Neurosciences de l’être humain : de la structure à l’existence, Paris, Encre Marine, 2012.

ii Delassus J.-M., La difficulté d’être mère, Paris, Dunod, 2014, p. 102.

iii Ibid., p. 99.

iv Ibid., p. 132

v Rose-Paule Vinciguerra, « Deux notes sur la féminité », causefreudienne.net