Mine GÅnbay

Mine Günbay est adjointe au maire de Strasbourg en charge des Droits des femmes et à l’égalité de genre, conseillère communautaire.

Quels liens feriez-vous entre « être femme » et « être mère » ?

Ce sont des questionnements que j’ai toujours eus en tant que femme : est-ce que l’on est obligé d’être mère pour s’accomplir en tant que femme ? La question de l’enfant traverse les préoccupations des féministes : faut-il que nous soyons dans un acte politique en disant : je n’ai pas besoin de m’accomplir en tant que mère pour être femme ?Et en même temps il y a ce désir qui peut arriver en tant que femme. Ce n’est pas sans lien avec la pression de la société qui ne vous reconnaît pas forcément en tant qu’individu tant que vous n’êtes pas mère. En tant que femme politique de 35 ans, on ne se comporte pas du tout de la même manière avec moi qu’avec mes collègues de 35 ans qui sont mères. Ça donne un statut social différent et nous sommes encore dans une société où on attend que la femme soit aussi une mère. C’est une question éminemment politique dont on ne traite pas assez.

Je trouve qu’il y a une sorte de sacralisation des mères. Ça devient une question politique pour les femmes, parce que, pour le coup, là, il y a une différence biologique, les femmes peuvent donner naissance, là où les hommes ne peuvent pas…

Par rapport aux nouvelles modalités d’être mère, la gestation pour autrui, la PMA, comment les hommes et les femmes politiques s’orientent pour prendre position, pour se faire un avis sur ces questions-là ?

Les élus se posent la question sous l’angle du « droit à l’enfant » pour les couples homosexuels.

Certains pensent que deux femmes ne peuvent pas avoir d’enfant ensemble, d’une part car ce n’est pas possible biologiquement, et d’autre part parce qu’il y aurait un manque de repère masculin. Or, quand on travaille sur le sujet des violences faites aux femmes et qu’on voit tous ces enfants qui vivent dans des familles hétérosexuelles dans lesquelles ils subissent parfois des violences, on voit que l’hétéro-normativité n’est pas une garantie de sécurité !

Les enfants élevés par des couples homosexuels sont-ils psychologiquement moins équilibrés que des enfants élevés par des couples hétérosexuels ? Je pense que cette question doit être dépassée. J’ai moi-même des amies lesbiennes qui élèvent des enfants et je ne les sens pas pour l’instant plus déséquilibrés que moi qui a été élevée dans une famille hétérosexuelle. Il nous faudra encore un peu de recul pour analyser tout ça.

Un psychologue m’a dit : « Le jour où on arrivera à ces configurations familiales, la société partira dans tous les sens et nous n’aurons plus de repères ». C’est un courant de pensée que l’on a entendu sur les ondes, et qui peut influencer certains élus mais qui est, selon moi, infondé. Ceux-ci, qui ont la responsabilité de prendre des décisions, se positionnent aussi par rapport à leurs propres histoires, à ce qu’ils ont autour d’eux, comme tout un chacun.

Je ne crois pas que le corps se marchande et je ne crois pas que la question des mères porteuses soit un modèle à exporter. Je sais qu’il y a des personnes qui ne sont pas d’accord avec ça et qui considèrent qu’il peut y avoir une dame généreuse qui voudra bien porter un enfant pour une dame qui ne peut pas en avoir. Cette générosité-là, elle ne me parle pas pour l’instant, mais peut-être que si on me montre des exemples concrets, j’y croirai. Il y a des choses qui ne se marchandent pas.

Selon vous, qu’est-ce que ça signifie « être mère » ?

C’est la chose qui doit être la plus compliquée au monde – je ne sais pas, je ne le suis pas. Je me dis que ce doit être le point d’exacerbation de tous les sentiments, aussi bien celui d’une immense responsabilité que celui d’un amour absolument immesurable.

Un enfant, c’est un morceau de soi-même mais aussi et souvent le fruit d’un amour. C’est aussi le sujet de toutes les tensions au sein du couple concernant l’articulation des temps de vie et concernant le renoncement et le sacrifice que peuvent faire certaines femmes par rapport à l’enfant, en s’oubliant complètement.

Être mère, ça doit être l’exacerbation de l’ensemble des sentiments qui existent sur terre, cela doit être quelque chose d’assez particulier et d’assez effrayant, par ailleurs.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle moi-même je n’en suis pas encore à me dire qu’un jour je serai mère. J’ai fait un choix professionnel et je n’ai pas envie de m’en passer. Je ne sais pas si je saurai tout articuler, si je saurai me priver et être à la hauteur de cette responsabilité.

Je trouve inacceptable qu’on renvoie aux femmes qui n’ont pas d’enfants leur égoïsme. Au contraire, l’enfant n’a rien demandé, c’est moi qui décide de le faire et décider de le faire, ça implique d’identifier ce à quoi je suis prête à renoncer. C’est déjà peut-être se poser trop de questions. Mais certaines (ou certains) feraient bien de s’en poser un peu plus avant d’en faire !

La maternité est une expérience personnelle. C’est aussi un moment de rencontre, il ne faut pas oublier l’autre là-dedans. Ça dépend de chaque femme, et ça dépend aussi de l’autre.

  Propos recueillis par Valérie Bischoff et Valérie Morweiser