Entretien avec Sane Thireau

Au sein de quelle structure intervenez-vous ?

Je travaille dans un Centre maternel qui est un service du Conseil Général. Sa mission principale est celle de la protection de l’enfance. Les mères sont accueillies dans le cadre d’une mesure de protection les concernant elles ou leur enfant. Un accent particulier est mis sur la notion d’accueil et de singularité du sujet. Ainsi, comme le définit le projet de service, « au travers d’un travail clinique, au cas par cas, il s’agit avant tout d’accueillir la personne en essayant d’entendre et respecter sa logique singulière ».

Quelles évolutions observez-vous actuellement ?

Le Centre accueille des femmes qui se rangent sous les signifiants d’un Autre qui sait et qui nomme : l’Aide Sociale à l’Enfance. « Femmes battues », « mères mineures », « mères isolées »… Pourtant, nous faisons désormais face à une nouvelle clinique en accueillant des femmes africaines enceintes récemment arrivées sur le territoire et demandant l’asile. La loi Molle de 2009 donne, en effet, compétence aux départements pour héberger toute personne ayant à charge un enfant de moins de 3 ans. Ces futures mères demandent un logement mais avec un discours qui semble dicté, préconstruit et surtout varie peu d’une femme à l’autre. Là réside d’ailleurs toute la difficulté de leur accompagnement. Ces femmes, tentant de survivre, font le choix de la maternité et racontent une histoire à laquelle elles s’identifient. La ressemblance frappante entre les événements insupportables qu’elles ontvécus, les détails identiques qui jalonnent leurs récits, les circonstances abominables dans lesquelles elles ont été mises enceintes sont troublantes. Elles ne se présentent pas comme mères ou futures mères mais portent un enfant pas ou à peine parlé, qui ne semble pas avoir de place dans leur désir. Le travail du Centre maternel consiste donc à accueillir ces femmes en opérant un décalage, c’est-à-dire en n’incarnant pas l’Autre tout puissant à qui elles pensent avoir à faire : celui qui pourrait décider ou non de leur avenir en France. Il s’agit plutôt de faire en sorte qu’elles puissent se loger dans le désir de l’Autre en ne les considérant pas seulement comme des traumatisées demandeuses d’asile, et de tenter d’accueillir leur position subjective.

Vous souvenez-vous d’une situation clinique qui vous ait marqué dans ce sens ?

Pour telle jeune femme, arrivée enceinte, perdurait la plainte d’être seule ici et que l’enfant à naître n’aurait pas de père. Il s’est agi de lui faire entrevoir qu’elle avait fait un choix : celui de garder l’enfant et de l’accueillir. Elle put alors parler du choix du prénom de son enfant, lui donnant une place subjective. Accompagnée par le Centre maternel, elle se mit ensuite à préparer son arrivée.

Propos recueillis par Solenne Albert