Pas toutes les femmes supportent la fonction maternelle. « Quand ma fille était petite, dit madame F, j’avais du mal à entrer en relation avec elle. Je m’enfermais et je me criais dessus, j’avais peur de lui faire du mal. J’ai été hospitalisée. Ensuite, mes beaux parents qui la gardaient ont voulu qu’elle revienne. Je ne me sentais pas de m’occuper d’elle. Ma hantise : « je vais lui faire du mal »… « j’aurais pu la tuer ». Un objet en trop peut appeler logiquement un moins. « Je n’existais plus ! » – si l’enfant est tout pour elle, alors sa propre existence disparaît !

L’être mère relève de la subjectivité, donc de l’inconscient, au-delà de l’intention, du savoir faire ou de son défaut. Y répondre par le judiciaire est parfois nécessaire. Après, seule l’invention d’un arrangement au cas par cas peut faire valoir que soustraire le droit de garde ne s’égale pas à punir : maintenir cet écart est essentiel. Tact et finesse sont requis pour qu’un nouage vienne en lieu et place du binaire bonne / mauvaise mère, toujours ravageant.

Au sein du lieu d’accueil de Léo, un montage préserve à Madame S une place de mère, sans concurrence ; elle tisse des liens apaisés avec la responsable. L’équilibre trouvé a laissé penser aux professionnels de la protection de l’Enfance que madame S était en mesure de vivre avec son fils. Elle dit son désarroi : comment a-t-on pu décider de faire ce qu’elle demandait, à savoir le retour de l’enfant à son domicile ?

Anna se plaint des va-et-vient de sa mère, lorsque celle-ci est autorisée à la recevoir. La responsable instaure un accueil de cette femme avec ses enfants dans le lieu de vie d’Anna. Les enfants jouent, tandis que leur mère, soigneusement accueillie, y est une mère respectée, à la place reconnue, inaliénable, sans les attendus normés de la fonction maternelle. Une conversation s’engage avec l’éducatrice : la mère, une femme, parle à une autre femme. De n’avoir pas à faire exister la relation mère-fille, Anna se trouve allégée…

Les mères de Léo et d’Anna ont établi une relation singulière avec une professionnelle qui s’adresse électivement à la femme dans la mère : deux femmes se parlent… Ne pas réduire la mère à son être de mère produit des effets vivants.