Cinéma Matrix revolution l'oracle

The Matrix Revolutions est un film de science-fiction de Andy et Larry Watchchowsky sorti en 2003 i.

On sait que le grand mathématicien Alan Turing eut l’idée d’une machine, soit un ensemble d’algorithmes supposé résoudre des problèmes de décision (calculabilité) en un nombre fini d’étapes. L’Oracle en est une variante : un programme qui serait capable de résoudre n’importe lequel de ces problèmes en une seule opération. L’existence de telles machines est bien sûr purement théorique, somme toute une réponse à un fantasme de logicien : réduire le lieu de l’Autre à une sorte de matrice numérique sans faille. C’est ce que démontre Lacan dans son Séminaire « La logique du fantasme ».

Ce n’est pas sans nécessité si dans ce même Séminaire, il pose corrélativement à ce fantasme, « le signifiant de la mère » comme lieu virtuel d’un supposé savoir unifiant la jouissance, corrélatif de l’idée du couple et de celle de la fusion de deux corps dans l’acte sexuel : « Nous sommes dans le signifiant et ses conséquences sur la pensée. La mère comme sujet, c’est la pensée de l’Un du couple. “ Il seront tous les deux une seule chair ”, c’est la pensée de l’ordre du A maternel. » ii Il est remarquable que Lacan en vienne, afin de serrer ce nœud, à utiliser métaphoriquement des séries numériques dans la mesure où cette pensée de l’Un d’une jouissance harmonieuse, rêvée comme telle, est représentée par le nombre 1 : unifier le réel de la jouissance dans un savoir disons numérique. Lacan démontre, en jouant sur des équations, qu’un reste, irrationnel, ne s’inscrit pas dans ce programme.

La trilogie que nous évoquons n’est pas sans donner un écho à cette fondamentale articulation. Dans cette fiction cinématographique, la mère, appelée l’Oracle, est en effet identifiée à un obscur programme numérique : elle est clairement présentée comme savoir sensé maîtriser la jouissance.

Pointons deux séquences du film

La première met en scène l’Oracle (Mary Alice), fumant paisiblement une cigarette dans sa cuisine, et une sorte de figure christique, plutôt croquignolette, incarnée par Néo (Keanu Reeves) :

« ⎯ L’Oracle : Nous ne voyons pas au delà de nos propres choix. Il [L’Architecte de la machine] ne voit pas au-delà de n’importe quel choix.

Néo : Pourquoi ?

Il ne les comprend pas. Il ne peut pas. Pour lui ce ne sont que les variables d’une équation. Chaque variable doit être résolue puis neutralisée. C’est son rôle. Équilibrer l’équation.

Et vous, votre rôle (purpose) ?

La déséquilibrer. »

Dans la seconde séquence, l’Agent Smith vient rendre visite au même Oracle. Le programme est capable de se dupliquer à l’infini, représentant un réel que la « matrix » ne peut contrôler. Smith n’a qu’un seul but : réaliser « la fin de toute chose » ; il incarne une volonté de destruction sans limite.

« ⎯ Agent Smith (interprété remarquablement par Hugo Weaving) : La grande et puissante Oracle ! On se rencontre enfin ! Je suppose que vous m’attendiez, n’est-ce pas ? L’omnisciente Oracle n’est jamais étonnée. Normal ! Puisqu’elle sait tout. Alors pourquoi est-elle là si elle était au courant de ma venue ? Pourquoi n’est-elle pas partie ? (Smith balance violemment une assiette de cookies sur le mur). Peut-être saviez-vous que j’allais faire ça ou peut-être pas ? Si vous le saviez, vous avez mis ces cookies là délibérément, sciemment (purposefully) et vous vous êtes aussi assise là délibérément, sciemment !

L’Oracle : Qu’avez vous fait à Sati ?

« Les cookies aussi ont besoin d’amour » (Les multiples Smith rient)

Tu es un salaud.

Tu en sais quelque chose, maman.

Fais ce que tu as à faire. » Smith enfonce sa main dans le corps de l’Oracle, celle-ci devenant alors un Agent Smith en plus.

Le « ils ne feront qu’une seule chair » des Saintes écritures devient ici : ils ne feront qu’un seul programme.

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i Dernier volet d’une trilogie dont les deux premiers sont Matrix (1999) et Matrix Reloaded ( 2003).

ii Lacan J., Le Séminaire, Livre XIV, La logique du fantasme, Inédit, séance du 15 février 1967.