Éperdue, lointaine, elle essayait, l’œil fixé sur rien, étincelant, de faire venir à elle dans le silence le mot qu’elle avait sur le bout de la langue. Nous étions nous-mêmes sur le bord de ses lèvres … Nous l’aidions de notre silence – de toute la force de notre silence …


Et son visage s’épanouissait. Elle le retrouvait : elle le prononçait comme une merveille. C’était une merveille. Tout mot retrouvé est une merveille…


J’étais cet enfant qui misait la totalité de sa vie sur l’effort de ma mère pour retrouver un nom dont elle avait mémoire en en étant privée.


Pascal Quignard, Le nom sur le bout de la langue