Des hommes essaient de dire ce qu’ils ont vécu, vivent encore ou vivent seulement.Aucun ne dit toute la vérité, par discrétion sans doute, mais aussi et surtout parce que c’est impossible.Ils habitent le champ freudien et leur âge est variable.Leurs noms seront publiés en clôture du blog mais Quiaditquoi restera difficile à savoir.


Pourriez-vous faire un portrait de votre femme en mère ?   


La douceur. C’est ma femme qui a amené ce signifiant pendant qu’elle était enceinte. Le prénom de notre enfant comporte d’ailleurs une sonorité douce. Elle est sans aucun doute mille fois plus que cela, mais c’est ce qui me vient à l’esprit quand j’y pense : elle est douce et attentionnée avec son fils.

Mais aussi, quand on est mère ou père pour la première fois, cela exacerbe certains traits. Ainsi, elle pouvait  se trouver « pas suffisamment ceci », « pas  suffisamment cela », avec comme résultat d’en faire un peu trop. Entre être mère et être femme pour elle-même et dans sa vie de couple, je m’aperçois que c’est un fin dosage. Je trouve qu’elle y parvient, ce serait à elle de dire comment…


Pourquoi est-ce avec cette femme-là que vous avez eu des enfants ? 


Pour les qualités qu’elle a en tant que femme, sa beauté et sa vivacité d’esprit.

Et aussi parce que je savais qu’avec elle, impossible de reproduire le schéma de ma propre mère avec son mari ou ses enfants. C’est-à-dire sacrifier quelque chose ou beaucoup d’elle-même et de son propre désir pour eux. Ma mère vous dirait certainement : « Mais absolument pas ! » C’est cependant la version que j’ai pu me construire. Le choix de faire de ma femme une mère c’est donc à peu près ça : elle n’est pas comme ma mère, et se distingue en tant que femme d’une tout autre manière.


Être mère – Vous en rêvez ? Vous l’êtes parfois ? Comment ?


Être mère, est-ce que j’en rêve en rêve ? Jamais. Dans mes rêves c’est comme père que j’apparais. Si l’inconscient interprète à l’occasion l’angoisse et la division que cela peut produire, il témoigne aussi du changement qu’être père a pu produire en moi en tant qu’homme.

Est-ce que je rêve de l’être ? Non. J’aime être père, je n’échangerai cela pour rien au monde.

Être mère, le suis-je parfois ? Sans doute un peu, par exemple quand l’enfant se fait mal et que j’accoure comme une mère apeurée !

Ou bien, plus intime, lorsque je porte un regard attendri sur mon fils et sa mère lorsqu’ils sont ensemble. Ce regard attendri est celui que portait sur moi ma grand-mère paternelle. Je l’adorais et j’ai d’ailleurs sa photo sur mon bureau – bureau que ma femme utilise souvent pour travailler. Ma femme ne l’a pas connue, est-ce donc là une manière pour moi de récupérer ce qui a été perdu ?