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Pierre Naveau sur :


Le Séminaire, livre xvi,

D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p. 151,

De Jacques Lacan.

« Jouir de la mère est interdit, dit-on, mais ce n’est pas aller assez loin. Ce qui a des conséquences, c’est que le jouir-de-la mère est interdit. Rien ne s’ordonne qu’à partir de cet énoncé premier, comme il se voit bien dans la fable, où jamais le sujet, Œdipe, n’a pensé qu’il jouissait de la mère, Dieu sait à cause de quel divertissement. »


Quand le jouir-de-la mère se pose un peu là.

Au moment où il couche avec Jocaste, Œdipe ne sait pas que c’est avec sa mère qu’il couche. Est-ce parce qu’au sens du refoulement freudien, il ne veut rien en savoir ? Mais que ne sait-il pas, au juste ? Que c’est interdit ? Qu’il est donc en train de transgresser l’interdit ? Or, Lacan dit bien qu’à ce moment-là, il ne pensait pas que c’était de la mère qu’il jouissait. Il était dans un « Je ne pense pas ». C’est parce qu’il n’y pensait pas que Lacan ajoute : « Dieu sait à cause de quel divertissement ! », faisant ainsi référence au divertissement tel que Pascal en parle dans le fragment 168 de ses Pensées. Le divertissement, dit en effet Pascal, sert à ce que l’homme ne pense pas, en particulier à son humaine condition. Ce qu’on ne sait pas, en tout cas, c’est si Jocaste jouissait et de quelle nature était cette jouissance. Lacan a frappé les esprits quand il a évoqué, par exemple, le désir de la mère d’Hamlet en soulignant qu’elle était avant tout une mère qui voulait jouir. Elle a donné le pas à sa jouissance sur le deuil du défunt père d’Hamlet.

 

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Laurent Dupont sur :


« Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) », (1909), Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1967, p. 110,

De Sigmund Freud.


« Nous devons aussi prendre le parti de la mère de Hans, si bonne et si dévouée. Le père l’accuse, non sans apparence de raison, d’avoir amené l’éclosion de la névrose par sa tendresse excessive pour l’enfant et par son trop fréquent empressement à le prendre dans son lit. »


Le père semble oublier que cette accusation, qu’il adresse à la mère de Hans, via Freud, il l’adresse à celle qui est aussi sa femme. Peut-être oublie-t-il aussi qu’être mère est une chose, mais que son boulot à lui, c’était de s’occuper de la jouissance de sa femme : « La métaphore paternelle renvoie à une division du désir, qui impose que, dans cet ordre du désir, l’objet-enfant ne soit pas tout pour le sujet maternel – il y a une condition de pas-tout –, mais que le désir de la mère diverge vers et soit appelé par un homme. »1 C’est vrai quoi ! Au lieu de mater sa femme avec son fils et d’aller se plaindre à tonton Freud, il avait qu’à y aller, lui, dans le lit de sa femme ! Le petit Hans aurait été bien obligé de s’occuper d’autre chose, de girafe ou de fusée par exemple. On me dira que les fusées n’existaient pas et que la mère de Hans était une harpie, on n’aura pas tort.


1. J.-A. Miller, « L’enfant et l’objet », La petite Girafe, n° 18, p. 7.

 

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Jean-Pierre Klotz sur :


« Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) », (1909),

Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1967, p. 119,

De Sigmund Freud.


« Hans soupçonne qu’il est interdit de prendre possession de la mère ; il s’est heurté à la barrière de l’inceste. »


Peut-on s’approprier la maternité, l’investir et « devenir » mère en prenant possession de la fonction et de sa cause ? Est-ce une manière d’« être mère » ? Freud indique que la « barrière de l’inceste » l’interdit, comme Hans ici le « soupçonne ». Si ce n’était pas interdit par cette « barrière… », cela pourrait-il se conjecturer comme possible ?

Scénario fantasmatique : s’offrir à l’enfant comme voie vers l’être-mère relève moins de l’interdit que de l’impossible. Être mère ne se conquiert pas, ne s’apprend pas, demeure irréductible à tout parcours de savoir épelable. Être mère, cela peut se trouver, comme un symptôme recelant sa part d’impossible à dire, sans que cela puisse se réduire au fait d’avoir un enfant. Pas plus d’appropriation de l’enfant que de l’être-mère, sinon symptomatiquement. Être-mère, c’est un symptôme qui s’interprète. C’est là ce que fait Freud avec la barrière de l’inceste à laquelle Hans « s’est heurté ». Il s’agit d’un réel, d’un impossible pour le sujet, non d’une réalité. 

 

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Guilaine Guilaumé sur :


« La logique de la cure du Petit Hans selon Lacan »,

La Cause freudienne, n° 69, Navarin, 2008, p. 110,

De Jacques-Alain Miller.


« Le terrible de la relation – d’après ce qu’en dit Lacan –, le terrible de la relation à la mère comme femme, c’est justement sa privation qui empêche sa castration, précisément parce que c’est déjà fait. »


C’est toujours par la castration de l’autre qu’un sujet rencontre la sienne et s’ouvre au désir. Pas si facile pour un garçon lorsqu’il est mis en position de substitut phallique par une mère comblée par son arrivée au monde, qui le comble en retour, supporte toutes ses exigences, lui évite le manque et ainsi abrase son désir.

Jacques Lacan indique que « l’existence de l’angoisse est liée à ceci, que toute demande, fût-ce la plus archaïque, a toujours quelque chose de leurrant par rapport à ce qui préserve la place du désir. C’est aussi ce qui explique le côté angoissant de ce qui, à cette fausse demande, donne une réponse comblante »1.

C’est cela le « terrible de la relation à la mère comme femme » et il y faut parfois une castration dans le réel du corps maternel pour que le petit roi de la maison se découvre n’être qu’un roitelet à la possession précaire et pour qu’il s’adresse à l’analyste afin de traiter son angoisse.


1. Jacques Lacan, Le Séminaire, livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004, p. 79-80.


 

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