visuel2 bibliomère


Monique Amirault sur :


« Les voies de la formation des symptômes »,

Conférences d’introduction à la psychanalyse, (1916-1917),

Paris, Gallimard, Folio/essais, 2010, p. 469,

De Sigmund Freud.


« Quand c’est la mère ou une autre personne féminine qui énonce la menace [de castration], elle s’en remet habituellement pour son exécution au père ou au médecin. »


C’était le temps freudien où la mère s’en remettait à une autorité symbolique pour que soit appliquée la loi phallique lorsque l’enfant « commence à jouer indécemment avec son organe génital ». Mais la castration est de structure chez l’être parlant et Lacan a démontré que la prise dans le langage fait son office, au cas par cas, avec ou hors les standards de l’Œdipe.

Aujourd’hui la castration a mauvaise presse et lorsque la mère s’en remet au père, n’est-ce pas pour ne pas être elle-même la mère castratrice (quelle horreur !) et calmer son angoisse, celle de dévorer son enfant ? Mais le père associé aux soins maternels et souvent soumis lui-même à la règle maternelle, ne s’y retrouve plus dans cet habit trop raide de grand interdicteur de jouissance. La fonction du père prend d’autres voies pour calmer la jouissance de la mère et faire autorité sur l’enfant, une voie qui réintègre le désir : « Sur n’importe quel plan, dit Lacan, le père est celui qui doit épater sa famille. » Et là, il n’y a plus aucun mode d’emploi. La voie est ouverte à l’invention, à l’énonciation propre.

***


Catherine Kempf sur :


« Cause et consentement », leçon du 18 mai 1988,

Cours « L’orientation lacanienne », 1987-1988,

De Jacques-Alain Miller.


« Il faut aller jusqu’à inclure cette partie du corps de la mère dans le corps du sujet. C’est ce qui faisait dire à Lacan que le plan de la séparation laisse d’abord le sein du côté de l’enfant. »


Cette citation m’a évoqué le Sainte Agathe de Francisco Zurbaran, cité par Lacan du Séminaire X, exposé au Musée Fabre à Montpellier, que Jacques-Alain Miller reproduit dans le volume X du Séminaire. Dans ce tableau, on est loin des Madones de la peinture religieuse italienne où le couple mère-enfant y montre la bonne mère, les bons soins… quelque fois le bon sein remplacé par une pomme, une grenade… comme ce magnifique tableau de Botticelli aux Offices, La madone à la grenade.

Lacan nous enseigne que l’objet de la pulsion orale, figure de l’objet a, n’est ni la nourriture, ni son souvenir, ni les soins de la mère, mais le sein. La coupure ne passe pas entre la mère et l’enfant mais entre le sujet et l’objet. Lacan ajoutait que tous les objets perdus ont la même origine, l’objet est toujours prélevé sur le sujet.

Le tableau de Zurbaran montre sainte Agathe portant ses seins sur le plateau et figure de la sorte une image proche de ce sujet séparé, mutilé qui va devoir aller chercher toujours plus loin ce qu’il a perdu, mettant en jeu les pulsions allo-érotiques et non plus autoérotiques.

 

***


Patrick Monribot sur :


« L’angoisse », Conférences d’introduction à la psychanalyse, (1916-1917), Paris, Gallimard, Folio/essais, 2010, p. 502,

De Sigmund Freud.


« Nous reconnaîtrons comme riche de corrélations possibles le fait que ce premier état d’angoisse soit issu de la séparation d’avec la mère. »


Freud consacre la 25ème des Conférences d’introduction à la psychanalyse à l’angoisse. Cet affect précoce et répété trouve racine dans « l’acte de la naissance », moment propice à un « premier état d’angoisse ».

À ce niveau de l’investigation freudienne, la mère entre en jeu : l’angoisse initiale du bébé est issue de la séparation d’avec elle, du fait de la physiologie de la naissance. Il y a, dit Freud, des corrélations entre ces deux événements – angoisse et séparation des corps.

Cela nous renvoie à l’étude ultérieure de Lacan dans le Séminaire X, où l’objet petit a est élaboré comme le réel cause de l’angoisse. Exemple donné : l’entrée massive de l’air dans les poumons du nouveau-né est une première intrusion de l’Autre comme milieu extérieur incorporé. À cela, l’enfant répond par l’émission physiologique d’un cri matérialisant la voix comme tout premier objet pulsionnel, contemporain d’une perte séparatrice.

En cela, l’angoisse est bien un événement de corps.

***


Philippe Carpentier sur :


« Clinique lacanienne », leçon du 14 avril 82,

Cours « L’orientation lacanienne », 1981-1982,

De Jacques-Alain Miller.


« C’est une longue tradition analytique que de faire de la mère et de l’enfant le repère central. La jouissance originaire n’est pas celle de la mère et de l’enfant, mais celle du père. »


L’argument de ces 44e Journées ne manque pas de le souligner, « Une mythologie mammaire domine puissamment notre subjectivité ».

Subjectivité des psychanalystes post freudiens et leur « longue tradition » qui oblitère le tranchant du père. Celui ici de Totem et Tabou, père jouisseur, exception au principe de l’universel de la castration qui fait cette jouissance « interdite à qui parle comme tel ». Bref, « tu ne réintégreras pas ton produit ».

En 1967, Lacan s’adresse à la subjectivité de ses propres élèves quand il souligne que « la psychanalyse bâcle avec du folklore un fantasme postiche, celui de l’harmonie logée dans l’habitat maternel ».

Situer la jouissance originaire au lieu maternel bâcle en effet la fenêtre du fantasme en tant que sa structure fait cadre à la réalité.

Loin d’une harmonie, il y a entre la mère et l’enfant un reste inassimilable.

Voilà pourquoi « être mère », titre de ces Journées, s’oriente d’un sous titre : « fantasmes de maternité en psychanalyse ».


visuel2 bibliomère