Propos recueillis par Dominique Jammet et Catherine Vacher-Vitasse

Comment vous positionnez-vous face aux demandes des femmes qui viennent au centre ?

Les patientes viennent pour une demande de contraception ou d’interruption volontaire de grossesse (IVG). Devant le refus de maternité, nous avons une attitude empathique : pas de jugement, pas de questions. Nous n’entrons pas dans les détails de ce qui a donné lieu à cette grossesse et à la demande d’IVG. Cependant, toutes se voient proposer de rencontrer une conseillère conjugale, et 60 à 70 % le font.

Pour ma part, si je ne pose pas trop de questions, c’est parce que je ne veux pas être amenée à juger et à faire des commentaires qui influenceraient la décision. Je donne une information sur les possibilités existantes.

Qu’est-ce qui caractérise ces femmes ?

Dans les demandes d’IVG, la majorité des femmes ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans. Il y a 7 à 8 % de mineures, et autant de femmes de plus de quarante ans. Dans la moitié des cas seulement le compagnon est présent.

Certaines de ces femmes sont en détresse. Cette détresse exprimée est déjà la subjectivation de ce qui leur arrive, de ce qui est en jeu. Il y a aussi des raisons sociales : la société change, les relations sexuelles sont plus fréquentes chez les plus jeunes. Il apparaît parfois plus simple d’interrompre la grossesse que de garder l’enfant. C’est un droit, une possibilité, on ne peut pas remettre la loi en cause.

Pourquoi les progrès de la contraception n’ont pas d’effets sur le nombre d’IVG ?

Il y a maldonne sur la contraception : elle est faite pour permettre l’épanouissement de la sexualité, pas seulement pour ne pas avoir d’enfants. Que les jeunes entendent ce discours au début de la vie sexuelle nous paraît très important ; les médecins doivent prendre le temps de parler aux jeunes filles qui demandent une contraception.

Par ailleurs, il arrive que des diagnostics de grossesse soient faits tardivement, avec des hésitations – indiquant peut-être un désir sous-jacent de grossesse.

Beaucoup de femmes qui viennent pour une deuxième IVG parlent de la première. L’IVG est vécue comme un échec, une épreuve dans une vie de femme. Elle ressurgit dans les consultations pour infertilité. Il nous semble important de parler de cet épisode de vie, de ne pas le recouvrir.

En tant que médecin, on n’est pas assez attentif à proposer de parler. Or, dans les cas d’IVG itératifs, on peut choisir de dire à la patiente qu’il y a peut-être quelque chose qui s’est passé dans sa vie pour qu’elle demande plusieurs IVG.

Quelles sont les particularités de la consultation d’IVG ?

Cette consultation est très intéressante car c’est elle qui montre le mieux la complexité du désir de maternité. Il y a pour les médecins une obligation de donner le choix sur le type d’IVG possible – chirurgicale ou médicamenteuse –, sans donner d’avis personnel, pour que la femme s’approprie sa décision. L’IVG médicamenteuse, qui est pratiquée par les femmes à leur domicile, est vécue par certaine comme « une vraie boucherie ». C’est pourquoi les médecins de ville sont réticents à l’IVG médicamenteuse chez les mineures. Dans tous les cas, l’accompagnement est important.

Personnellement, je comprends qu’une femme ait peur d’assumer un enfant. Être parent, c’est le métier le plus difficile.

* Qui a tenu à rester anonyme.