Silhouettes of parents with baby, vector

Au moment où les signifiants « mère » et « père » ont cédé la place à celui de « parent », mettre en question l’« être mère » pourrait paraître désuet. Il n’en est rien ! Être mère vient subvertir les parents comme entité unique.

Depuis les années 1970, dans différents rapports commandités par le discours politique, le néologisme parentalité s’est substitué au terme de « famille ». La loi de 1970 rendant caduque l’autorité paternelle au profit de l’autorité parentale conjointe – père et mère à égalité –, ouvre la voie à cette notion. À partir de 1990, les nouvelles formes de famille bouleversent les places assignées à la mère et au père. Dans ce contexte, le terme de parentalité se généralise dans le discours courant, ce que vient entériner la circulaire i issue du groupe de travail dirigé par Didier Houzel (pédopsychiatre, psychanalyste), accompagné de professionnels et de scientifiques pour venir répondre aux difficultés engendrées par cette pluralisation de la famille.

Marie-Hélène Brousse indique que « La parentalité est une des versions de la modification actuelle du discours du maître » ii. En 1995, ce terme de parentalité est entré dans le Dictionnaire critique de l’action sociale iii, désignant « la fonction d’être parent, en y incluant à la fois des responsabilités juridiques telles que la loi les définit, des responsabilités morales telles que la socio-culture les impose, et des responsabilités éducatives ». Cette définition issue de la sphère médico-psycho-sociale met l’accent sur l’aspect normatif des rôles parentaux où le droit et la science sont appelés à la rescousse du déclin de l’ordre social fondé sur l’autorité du père.

Dès les années 1950, deux psychiatres et psychanalystes, Thérèse Benedek aux USA et, dans ses pas, Paul-Claude Racamier en France, introduisent dans le champ « psy » cette notion de parentalité qui désigne alors un processus de maturation psychique qui se développe d’abord chez la femme, future mère, sous le vocable de maternalité puis plus avant chez l’homme sous le vocable de paternalité. Cette maturation de la maternalité à la paternalité aboutit à la parentalité. Benedek définit la maternalité comme l’ensemble des processus affectifs qui se développent chez la femme avec la maternité, et qui viennent répondre aux bouleversements biologiques et psychologiques que l’état nouveau de grossesse engendre chez elle. Benedek soutient que les soins apportés par les deux parents à leur enfant réactualisent pour chacun leur propre construction psychique et ses impasses. Aussi doivent-ils être l’un et l’autre soutenus dans leur devenir de parent.

Dans son ouvrage La parentalité décrypté iv, Catherine Sellenet, sociologue, psychologue et juriste, montre comment, pour des psychanalystes d’enfants et des psychologues cliniciens, la « parentalité » ne concerne pas tous les parents mais seulement les « ratés de la parentalité ». Ces cliniciens ont cherché à comprendre les échecs et les dysfonctionnements de certains couples – couple conçu comme terreau de la parentalité – à devenir parents de leur enfant. De cette considération émerge l’idée du processus de parentalité qui, avec son déterminisme parental, vise à former des parents qualifiés conduisant leur enfant vers un avenir équilibré.

Dans les politiques familiales actuelles, les parents sont définis comme unité totalisante, responsable des enfants. Les préconisations de bonnes pratiques les somment d’être compétents pour savoir « gérer leurs enfants » en visant leur « bien devenir ».

L’enseignement de Lacan, en s’attelant à débusquer les déviations des psychanalystes postfreudiens, conduit à une toute autre considération des fonctions du père et de la mère. Ces dernières sont des moyens d’opérer pour l’enfant des mutations subjectives qui le mettent sur le chemin de son devenir. Être mère, être père ne relèvent ni de la revendication à l’être ni d’un savoir prêt-à-porter de parent.

i Circulaire DIF/DGAS/DIV/DPM no 1999/153 du 9 mars 1999.

ii Brousse M.-H., « Un néologisme d’actualité » La Cause freudienne, no 60, 2005, p. 123.

iii Bareyre J.-Y. (s/dir.), Bouquet B., Chantreau A. et Lassus J., Dictionnaire critique de l’action sociale, Paris, Bayard, 1995.

iv Sellenet C., La parentalité décryptée. Pertinences et dérives d’un concept, Paris, L’Harmatan, 2007.