voie ferrée

Peur de toi

J’ai toujours eu peur de toi… J’avais peur de ce que tu exigeais de moi. Je croyais que tu exigeais et que je ne pouvais répondre à tes exigences… Je ne voulais pas être ta mère, je voulais que tu saches que je n’avais pas plus de défenses que toi, mais que j’étais encore plus démunie et que j’avais encore plus peur. 

Ingmar Bergman, Sonates d’automne

La grève des mères

. Pour faire de ton fils un homme


Tu as peiné pendant vingt ans


Tandis que la gueuse en assomme


En vingt secondes des régiments.


Refuse de peupler la terre !
Arrête la fécondité !


Déclare la grève des mères !
Aux bourreaux crie ta volonté !


Défends ta chair, défends ton sang !
A bas la guerre et les tyrans !



Paroles de Georges Montéhus

Chanson censurée en 1905, voit le jour en 1906

Japonaise (ou : haïku)

Dans les mains de la mère

tremblent les cendres du héros –

la voie ferrée

Takaya Sôshû, Anthologie du poème court japonais

Mères profanées

Au reste peut-on séparer entièrement l’aspect de M. de Charlus du fait que, les fils n’ayant pas toujours la ressemblance paternelle, même sans être invertis et en recherchant des femmes, ils consomment dans leur visage la profanation de leur mère ? Mais laissons ici ce qui mériterait un chapitre à part : les mères profanées.

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe II.

La maman et la putain

À l’époque déjà où ma mère fustigeait mon allure traînante et ma somnolente flânerie, j’entrevoyais confusément la possibilité de sceller une alliance avec ces rues, dans lesquelles je ne m’égarais qu’en apparence, pour me soustraire plus tard à sa tutelle. Il ne fait aucun doute en tout cas que le sentiment – malheureusement illusoire – d’échapper à ma mère, à sa classe et à la mienne, était partiellement responsable de l’envie extraordinaire qui me poussait à aborder une prostituée en pleine rue.

Walter Benjamin, Enfance berlinoise