Propos recueillis par Fatiha Belghomari

Est-ce que votre spécialisation dans les PMA i a changé votre conception de la maternité ?

Oui, parce que les grossesses d’AMP ii sont tellement désirées qu’au moindre incident, c’est la grande panique. Toutes les dames ont peur de perdre leur enfant.

Cela a repositionné la question du désir d’enfant ?

Les gens attendent plus longtemps pour faire un enfant – que leur vie professionnelle soit réalisée. 30 % de ceux qui viennent dans nos centres d’AMP ont plus de 35 ans. Malheureusement, à cet âge, il faut plus de tentatives pour être enceinte. Pour celles qui n’y arrivent pas, c’est la grande tristesse. On essaie de les entourer, de leur proposer encore quelque chose, ou de les orienter vers d’autres techniques comme les dons d’ovocytes. Mais comme ceux-ci ne sont pas rémunérés, ils sont rares en France, et seules les femmes qui ont de l’argent peuvent les envisager. On leur conseille alors l’adoption.

Il y a plus de 30 ans, la législation nous permettait de pratiquer le don d’ovocyte. Une dame qui, à une deuxième tentative de FIV, avait trop d’ovocytes avait le droit de faire un don. On faisait en sorte que les couples ne se rencontrent pas, il fallait garder l’anonymat et le secret. Combien de femmes nous avons rendu heureuses !

Qu’est-ce qui caractérise les futures mères d’aujourd’hui ?

Les mères parturientes sont plus angoissées, surtout lorsque leur grossesse dérive d’une aide médicale à la procréation, étant donné qu’elles ont un long parcours de stérilité. De notre côté, nous avons peu de temps. Le tout, c’est de repérer les patientes qui doivent bénéficier d’un soutien psychologique. On repère rapidement l’angoisse : celle qui vomit dès le début de grossesse, qui maigrit…

Est-ce que la réussite des FIV dépend aussi de l’état psychologique ?

Les puristes diront que non. C’est difficile de répondre. Mais il est certain que les dames détendues… C’est surtout au moment du replacement embryonnaire que, si elles sont stressées, il va y avoir des contractions utérines très faibles – on ne les ressent pas, mais elles existent – et un risque de rejet de l’embryon. Avec ces femmes stressées, parfois on effectue les replacements sous hypnose.

J’entends ce souci que vous avez d’accompagner ces femmes au-delà de la science…

Avec les patientes qui viennent depuis des années, il y a des liens qui se sont créés ; elles nous disent tout si on les met en confiance. Quand ça ne marche pas après de nombreuses tentatives, je les préviens : « on fait une dernière tentative, et sinon, on va faire un travail sur le deuil ».

i Procréation Médicale Assistée.

ii Aide Médicale à la Procréation.