« 1 000 000 : C’est le nombre de bébés nés de parents qui se sont rencontrés au cours du programme Erasmus créé en 1987 », pouvait-on lire le 24 septembre dans l’édition quotidienne on line que le Journal Le Monde réserve à ses abonnés. Erasmus occupait la place centrale dans le film de Cédric Klapisch intitulé L’Auberge espagnole [2002]. S’y rencontraient sous sa bannière des étudiants venus des quatre coins de l’Europe, fils d’Erasmus plus soucieux de se bâtir un destin personnel que de devenir immédiatement parents. Le moment Klapisch, narcissique, a donc basculé, et voilà Erasme célébré aujourd’hui comme le père (tonique) de ce melting pot de notre monde global.


Ce moment charnière, si bien cerné par Freud dans son essai sur le narcissisme, faisait apparaître que la petite graine que Papa met dans le ventre de Maman n’est pas sans affinités avec le grain de folie que chacun porte en lui. Ainsi la folie dont Erasmus fit l’éloge ironique en 1511 triomphe-t-elle aujourd’hui comme la chose au monde la mieux partagée.


Saluons aujourd’hui la fécondité de ce moine qui engendre depuis un quart de siècle 109 (nombre équivoque entre tous) enfants par jour !