Il arrive que des sujets soient trop précocement confrontés à la grossesse, avec ses conséquences d’exclusion, d’isolement et de honte. Chez ces toutes jeunes femmes qui évoquent pour certaines une sexualité « sans envie », le désir de recommencer une vie neuve avec l’enfant, d’oublier leur vie, est présent. Ce vain espoir amène très vite sa cohorte de symptômes, de difficultés. Yasmine Grasser nous parle de cette expérience lors d’une rencontre publique avec des professionnels (médecins, sages-femmes, travailleurs sociaux)[1].

Paola a accouché à 12 ans et le débranchement d’avec l’Autre, dont elle témoigne après la naissance de son enfant, n’est pas sans résonner avec la solitude que révèle la fiction de Doris Lessing, prix Nobel de littérature en 2007, sortant du cauchemar de sa première grossesse par l’écriture de Julie et Debbie, publié en 1997.

Dans un moment d’acte vrai, Julie décide de répondre à la palpitation de la vie, à ce pur « désir de désir » qui émane du nourrisson comme le formule Lacan dans le Séminaire VI. Sur fond d’une séparation réelle, la séparation d’avec l’Autre dont le prix à payer est la solitude, Julie fait le choix de redevenir sujet : elle accroche le regard de l’enfant, s’empêche de l’aimer et se déloge du sordide de la scène qui risquait d’éterniser sa position de victime.

La rencontre sauvage avec l’Autre qui n’existe pas est angoissante. Rester entre soi, entre adolescents, est à l’occasion une défense contre les mauvais traitements de l’Autre familial, social, mais il n’exclut pas le moment décisif où le sujet comprend qu’il peut seul décider de sa vie.

Ce point subjectif noue une mère à son enfant et montre combien il n’y a pas de standard pour être mère. Normes et devoirs en sont modifiés. Ce point s’articule pour une femme, fût-elle très jeune, à sa solitude.

Parler de « troubles de l’attachement » présuppose une adéquation satisfaisante entre la mère et l’enfant. Les adolescentes rencontrées disent que le sujet peut s’écarter d’une aliénation sans fin, d’une soumission à un impératif de jouissance, par un acte sans rapport avec un nouvel idéal d’être mère, quelle que soit sa décision au regard de l’enfant qui est né.

 

 

[1]Conférence de Yasmine Grasser à Lyon, le 27 septembre 2014, à l’invitation de l’ACF Rhône-Alpes.