T’écrire c’est te parler d’elle sans arrêt, elle la détentrice du récit, la profératrice du jugement, avec qui le combat n’a jamais cessé, sauf à la fin, quand elle était (…) si perdue dans sa déraison et que je ne voulais pas qu’elle meure.

Entre elle et moi c’est une question de mots.

Annie Ernaux, L’autre fille

In absentia

… Ah c’est peut-être de t’avoir enfin rejointe et te tenir embrassée, mère qui ne me lis pas, qui dors à poing fermés dans le puits de ta chambre, mère pour qui j’invente cette langue de bois au plus près de ton deuil ineffable, de ta clôture sans issue.

Pierre Michon, Rimbaud le fils

Mon enfant, ma mère

« Pendant sa maladie, je la soignais, lui tendais le bol de thé qu’elle aimait parce qu’elle pouvait y boire plus commodément que dans une tasse, elle était devenue ma petite fille, rejoignant pour moi l’enfant essentielle qu’elle était sur sa première photo. […] Moi qui n’avais pas procréé, j’avais, dans sa maladie même, engendré ma mère. »

Roland Barthes, La chambre claire, Gallimard, 1980