Entretien avec Pierre Merle

 – Vous avez attiré notre attention sur la place que prend aujourd’hui, dans les politiques publiques, le terme de parentalité. Pouvez-vous nous éclairer sur ce point[1] ?

Le soutien à la parentalité est intégré depuis peu dans une politique publique : cafés parents, espaces de rencontres parents-enfants, médiations, forums internet. Il s’agit, à terme, de toucher 3 familles sur 10. Le soutien à la parentalité est inscrit dans le Code d’Action Sociale et des Familles[2](CASF) – partie de la politique familiale, au sens classique de prestations et de services. Ce terme est un néologisme aujourd’hui intégré à la langue politique. Il est à distinguer du terme anthropo-juridique de parenté.

Est-ce à dire qu’il répond aux diversités des formes familiales que nous rencontrons, dès lors que le Nom-du-Père ne fait plus l’histoire

Sans avoir à définir la famille,le Code Civil exprime notre système spécifique en donnant les éléments qui ordonnent les possibles : les liens de rattachement – tel enfant à tel adulte et vice versa –, la construction de la parenté à partir d’un sujet donné. Les réformes disputées de l’état des personness’y succèdent depuis les années 60, un vaste travail de conciliation des demandes collectives pour davantage de « contractuel » est engagé, une idéalisation de lalibrevolonté, du choix,tout en cherchant une cohérence avec l’ordre juridique. L’autorité parentale,« ensemble de droits et devoirs, finalisé à l’intérêt de l’enfant »,a été réaffirmée en 2002 et sa modalité conjointe élargie à tous les couples. Avec le soutien à la parentalité, on vise l’exercice, la pratique-parenting plutôt que le parenthood ; il s’agit d’actualiser des savoirs et savoir-faire dans le cadre d’un partenariat parents / professionnels.

Comment en est-on venu à la mise en place de l’allocation dite de parent isolé ?

Pensée en 1976 pour, dans l’ordre, les veuves, divorcées, séparées, abandonnées, célibataires avec enfant ou en état de grossesse, l’allocation dite in fine de parent isolé bénéficie de fait aux femmes plutôt jeunes et aux revenus modestes. Elle reflète une véritable révolution silencieuse : à ce jour, 52 % des premières naissances ont lieu hors mariage. En 2005, l’antique dyade enfant naturel / légitime disparaît du Code Civil. Un triptyque a triomphé : contrôle / prévention / protection, bien au-delà de l’éradication de la lutte contre l’abandon et l’infanticide. L’allaitement maternel avait été promu avec l’assistance maternelle de secours aux filles-mères ou femmes enceintes indigentes. La première législation a concerné les nourrices et c’est la Protection Maternelle Infantile (PMI) qui, en 1945, en articulation avec la Sécurité Sociale, avait donné le coup d’envoi de la prime éducation, développant pour la première fois la notion de compétences maternelles. Le service public façonne et diffuse, avec les médias dits féminins, la puériculture.

Cette langue du maître moderne résonne avec des discours pseudo-cliniques, attachés à la notion de comportements.

La politique de soutien vise le dépassement des conflictualités – parents séparés mais aussi parents / institutions scolaires ou autres – par la coparentalité. Son maître mot est celui d’implication. On voit que le parental est moins une forme de rénovation du familial qu’un plan de la politique de population et son optimisation : on parle d’activation de l’État providence social. Quant aux questions de compétences, elles sont à mettre en relation avec la recherche à visée macroéconomique de la performance, déjà objet d’évaluation, in fine celle de l’enfant dès son jeune âge et à rebours, de sa précarité familiale.

[1] Pierre Merle est diplômé en sciences politiques, spécialiste des questions de politique sociale.

[2] Au pluriel depuis 2000.