Anne Brasseur 2

Anne Brasseur est luxembourgeoise. Elle est entrée en politique à l’âge de 25 ans. Ancienne ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle et des sports dans son pays, elle est devenue membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en 1993 et a été élue présidente le 28 janvier 2014. Elle a fait des études de psychologie, qu’elle a choisi de faire en Allemagne pour ses abords plus pragmatiques que psychanalytiques.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours politique ?

C’est une femme, Colette Flesch – bourgmestre du Luxembourg – qui m’a convaincue de m’engager en politique. Elle mobilisait des jeunes et des femmes et j’étais les deux à la fois. J’ai été surprise d’être élue d’emblée aux élections locales. Cette surprise s’est concrétisée d’années en années puisque ma carrière politique ne s’est jamais arrêtée depuis. J’ai ensuite été élue aux élections parlementaires alors que j’étais enceinte de ma fille. Je dis toujours que ma fille a été assermentée parlementaire avec moi.

Avoir des enfants est un choix positif et il faut en assumer la responsabilité. En tant que femme divorcée, j’étais seule à élever ma fille et j’ai essayé de concilier mon rôle de mère avec mon engagement politique. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas accepté de mandat international avant le quatorzième anniversaire de ma fille. C’est la grande différence avec la carrière politique d’un homme, qui généralement n’assume pas les mêmes responsabilités familiales dans la plupart des cas. Néanmoins, je n’ai jamais éprouvé de désavantage du fait d’être une femme. Ma carrière a commencé sous l’augure de l’amitié avec une femme et j’ai de la chance encore aujourd’hui d’avoir gardé des amies de longue date en politique, ce qui, je m’en rends compte, n’est pas fréquent.

Que pensez-vous du fait d’être mère au XXIe siècle ?

Avec l’évolution de la société – le droit de vote et le travail des femmes en particulier –, on est passé d’une société de patriarcat, où les rôles étaient parfaitement définis, à une société de partenariat. Ces changements ont des conséquences inévitables sur la famille. D’une responsabilité familiale sur trois à quatre générations – les femmes restaient au foyer, les grands-parents vivaient sous le même toit –, on en est arrivé à une société où c’est l’État qui prend le relais de la prise en charge des enfants (crèches) et des personnes âgées (maisons de retraite). Il faut cependant veiller à ne pas déresponsabiliser les familles en trouvant un mode de fonctionnement où les responsabilités sont partagées ; l’État ne peut pas répondre, seul, à tous les besoins et cela ne peut marcher que s’il y a un partenariat.

Que pensez-vous des modalités contemporaines de la maternité ?

J’ai été surprise de la difficulté d’acceptation de la loi du mariage pour tous en France. Au Luxembourg, la loi est passée sans problème et, avec elle, l’autorisation de l’adoption pour les couples homosexuels. Je pense qu’un enfant peut être tout à fait heureux avec deux mamans ou deux papas. Ce n’est pas une histoire d’homosexualité ou d’hétérosexualité, mais une question d’adultes qui soient responsables et qui apportent sécurité et affection à l’enfant. Se pose également la question de « vouloir un enfant à tout prix » : peut-on revendiquer un droit à l’enfant ? Prenons l’exemple de la gestation pour autrui, une question éthique qui mérite réflexion, et à laquelle je n’ai pas de réponse aujourd’hui. Cela pose la question de la marchandisation du corps des femmes. Si l’on me demandait de faire un texte à ce sujet aujourd’hui, je ne saurais pas comment y répondre. Est-ce que le droit à l’enfant est absolu ? Jusqu’où peut-on aller ? Ce sont des questions qui restent à débattre.

Quelles réponses pensez-vous que la politique puisse apporter ?

Chacun doit s’investir dans un engagement, qu’il soit politique ou social, pour donner quelque chose à la société. C’est la solidarité qui pourra apporter une solution et non un individualisme effréné.

Propos recueillis par Micky Boccara-Schmelzer et Isabelle Galland