Entretien avec Chloé Magnan

L’association les PEP 75[i] qui accompagne les élèves de la maternelle au BTS afin d’éviter l’interruption scolaire, a ouvert en 2013 un nouveau dispositif, SAMELY (Service d’Accompagnement des Mères Lycéennes d’Ile-de-France) afin de « favoriser la continuité scolaire et de lutter contre les risques de décrochage et d’isolement des lycéennes enceintes ou jeunes mères, en leur proposant un accompagnement ». Ce dispositif qui a déjà accueilli trente lycéennes s’élargit à partir de cette rentrée à deux autres départements d’Ile-de-France. Nous avons rencontré Chloé Magnan, psychosociologue et coordinatrice de ce service.

Pour Chloé Magnan, « la mission de l’association est de lutter contre le décrochage scolaire au moment où la question de la maternité confronte ces jeunes filles à la difficulté de continuer à aller en cours. Il s’agit surtout de leur proposer un espace d’accompagnement ». Car la maternité précoce (elles ont entre 15 et 17 ans) les confronte aux exigences contradictoires des institutions : « par exemple, les lycéennes peuvent ressentir une pression de la part du système scolaire pour revenir le plus tôt possible en cours, tandis qu’en centre maternel on les invite à privilégier le lien mère-enfant », ainsi qu’aux archaïsmes qui accompagnent les représentations de la grossesse à l’adolescence – « comment ça a pu arriver ? Pourtant il y a beaucoup de prévention ! C’est une erreur… » Il s’agit donc de favoriser de nouveaux liens entre les institutions qui permettent un accueil singularisé et de soutenir chez ces jeunes femmes « à la fois leur désir de se former tout en ouvrant un autre horizon que celui de la maternité : pour cela il est essentiel de prendre en compte la situation de chacune d’entre elles ».

Car beaucoup font l’expérience d’un isolement, du fait de la difficulté de mettre en mots cet événement : « Ainsi, pour cette jeune fille dont la situation familiale était inquiétante – ses parents avaient pris son téléphone portable pour l’isoler de ses amis de sorte qu’elle n’ait plus aucun moyen de communiquer – l’ouverture d’un espace de parole ailleurs qu’au domicile a été déterminant, grâce à l’infirmière scolaire et à la sage-femme de PMI. Et dans un second temps, je lui ai proposé de la recevoir avec le père de son enfant : cela a eu comme effet qu’elle a pu mesurer comment, à ce moment-là, c’était elle qui coupait la communication et qu’il pouvait lui aussi avoir son mot à dire ».

L’association n’intervient pas au moment de la décision de garder l’enfant ou pas, c’est le rôle du planning familial. « Les jeunes-femmes sont reçues à partir du 4e mois et parfois même à la toute fin de la grossesse ». Ainsi, nous raconte Chloé Magnan, en a-t-il été pour cette autre jeune fille isolée cette fois d’elle-même et de ce qui se jouait dans son corps, qui est « arrivée aux urgences accompagnée de sa mère pour un mal de ventre et en est ressortie avec un enfant. La mère et la fille semblaient avoir vécu l’arrivée de cet enfant comme une énorme surprise. C’est un déni de grossesse jusqu’au terme. Une expérience de vie très étonnante ! La maman raconte que lorsque le médecin a annoncé à sa fille qu’elle était enceinte, son ventre a tout à coup grossi de manière spectaculaire ».

Pour Chloé Magnan, aider ces jeunes femmes à sortir de l’isolement puis, une fois que l’enfant est né, à ne pas rester isolées avec cet enfant qui arrive dans un contexte familial parfois hostile ou un accueil en institution ou encore dans une famille d’accueil, c’est reconnaître que pouvoir parler de ces difficultés est essentiel.

Avoir dans son parcours personnel rencontré la psychanalyse est un appui « pour soutenir le transfert, susciter les rencontres inter-institutions, proposer un espace contenant et complémentaire aux cellules éducatives et familiales, questionner l’évolution et l’articulation de ces instances, être attentive aux surprises qui en découlent, être un relais auprès d’autres partenaires ».

Et ne pas cesser d’élaborer autour de ces trajets.

 par Ariane Chottin et Daphné Leimann

[i]Pupilles de l’Enseignement Public.